Il se montra, cependant, à travers les branches d'un buisson, et s'arrêta, par un sentiment de défiance.

C'était bien une tigresse, de grande taille, puissante de tête, souple de corps. Elle commença à s'avancer en se rasant, avec le mouvement ondulatoire d'un reptile.

D'un commun accord, nous la laissâmes s'approcher vers le poteau. Elle flairait la terre, elle se redressait, elle faisait le gros dos, comme un énorme chat qui ne cherche pas à bondir.

Soudain, deux coups de carabine éclatèrent.

«Quarante-deux! cria le capitaine Hod.

—Trente-huit!» cria Fox. Le capitaine et son brosseur avaient tiré en même temps, et si juste, que la tigresse, frappée d'une balle au coeur, si ce n'est de deux, roulait sur le sol.

Kâlagani s'était précipité vers l'animal. Nous avions aussitôt sauté à terre.

La tigresse ne remuait plus.

Mais à qui revenait l'honneur de l'avoir mortellement frappée? Au capitaine ou à Fox? Cela importait, comme on pense! La bête fut ouverte. Le coeur avait été traversé de deux balles. «Allons, dit le capitaine Hod, non sans quelque regret, un demi à chacun de nous!

—Un demi, mon capitaine!» répondit Fox du même ton. Et je crois que ni l'un ni l'autre n'aurait cédé la part qu'il convenait d'inscrire à son compte. Tel fut ce coup merveilleux, dont le résultat le plus net était que l'animal avait succombé sans lutte, et, conséquemment, sans danger pour les assaillants,—résultat bien rare dans les chasses de ce genre. Fox et Goûmi restèrent sur le champ de bataille, afin de dépouiller la bête de sa superbe fourrure, pendant que le capitaine Hod et moi nous revenions à Steam-House. Mon intention n'est pas de noter par le menu les incidents de nos expéditions dans le Tarryani, à moins qu'ils ne présentent quelque caractère particulier. Je me borne donc à dire, dès à présent, que le capitaine Hod et Fox n'eurent point à se plaindre. Le 10 juillet, pendant une chasse au houddi, c'est-à-dire à la hutte, une heureuse chance les favorisa encore, sans qu'ils eussent couru de réels dangers. Le houddi, d'ailleurs, est bien disposé pour l'affût des grands fauves. C'est une sorte de petit fortin crénelé, dont les murailles, percées de meurtrières, commandent les bords d'un ruisseau, auquel les animaux ont l'habitude d'aller boire. Accoutumés à voir ces constructions, ils ne peuvent se défier, et s'exposent directement aux coups de feu. Mais, là comme partout, il s'agit de les frapper mortellement d'une première balle, ou la lutte devient dangereuse, et le houddi ne met pas toujours le chasseur à l'abri des bonds formidables de ces bêtes que leur blessure rend furieuses.