C'est ce qui fut fait immédiatement. Goûmi et moi, nous avions pris place sur la même branche. Le capitaine Hod et Fox, tous deux perchés à la première bifurcation de deux grands chênes verts, se faisaient vis-à-vis.
Kâlagani, lui, s'était à demi caché derrière une haute roche, qu'il pouvait gravir si le danger devenait imminent.
L'animal serait ainsi pris dans un cercle de feux, dont il ne pourrait sortir. Toutes les chances étaient donc contre lui, bien qu'il fallût, pourtant, compter avec l'imprévu.
Nous n'avions plus qu'à attendre.
Les chacals, dispersés ça et là, faisaient toujours entendre leurs rauques aboiements dans les taillis voisins, mais ils n'osaient plus venir s'attaquer au quartier de boeuf.
Une heure ne s'était pas écoulée, que ces aboiements cessèrent subitement. Presque aussitôt, deux ou trois chacals bondirent hors du fourré, traversèrent la clairière et disparurent au plus épais du bois.
Un signe de Kâlagani, qui se préparait à gravir la roche, nous prévint de nous tenir sur nos gardes.
En effet, cette fuite précipitée des chacals n'avait pu être provoquée que par l'approche de quelque fauve,—la tigresse sans doute,—et il fallait se préparer à la voir paraître d'un instant à l'autre sur quelque point de la clairière.
Nos armes étaient prêtes. Les carabines du capitaine Hod et de son brosseur, déjà braquées vers l'endroit du taillis d'où s'étaient échappés les chacals, n'attendaient qu'une pression de doigt pour éclater.
Bientôt, je crus voir se produire une légère agitation des branches supérieures du fourré. Un craquement de bois sec se fit entendre au même instant. Un animal, quel qu'il fût, s'avançait, mais prudemment, sans se hâter. De ces chasseurs qui le guettaient à l'abri d'un épais feuillage, il ne pouvait évidemment rien voir. Toutefois, son instinct devait lui laisser pressentir que l'endroit n'était pas sûr pour lui. Très certainement, s'il n'eût été poussé par la faim, si le quartier de boeuf ne l'eût attiré par ses émanations, il ne se serait pas hasardé plus loin.