La panique était là à son comble. Dans la matinée même, une malheureuse Indoue, inopinément surprise par la tigresse près d'un ruisseau, avait été emportée dans la forêt.

La maison de l'un des montagnards, riche fermier anglais du territoire, nous reçut hospitalièrement. Notre hôte avait eu plus que tout autre à se plaindre de l'imprenable fauve, et il eût volontiers payé sa peau de plusieurs milliers de roupies.

«Capitaine Hod, dit-il, il y a quelques années, dans les provinces du centre, une tigresse a obligé les habitants de treize villages à prendre la fuite, et deux cent cinquante milles carrés de bon sol ont dû rester en friche! Eh bien, ici, pour peu que cela continue, ce sera la province entière qu'il faudra abandonner!

—Vous avez employé tous les moyens de destruction possibles contre cette tigresse? demanda Banks.

—Tous, monsieur l'ingénieur, pièges, fosses, même les appâts préparés à la strychnine! Rien n'a réussi!

—Mon ami, dit le capitaine Hod, je n'affirme pas que nous arriverons à vous donner satisfaction, mais nous ferons de notre mieux!»

Dès que notre installation à Souari eut été achevée, une battue fut organisée le jour même. À nous, à nos gens, aux chikaris du kraal, se joignirent une vingtaine de montagnards, qui connaissaient parfaitement le territoire sur lequel il s'agissait d'opérer.

Banks, si peu chasseur qu'il fût, me parut devoir suivre notre expédition avec le plus vif intérêt.

Pendant trois jours, les 24, 25 et 26 juillet, toute cette partie de la montagne fut fouillée, sans que nos recherches eussent amené aucun résultat, si ce n'est que deux autres tigres, auxquels on ne songeait guère, tombèrent encore sous la balle du capitaine.

«Quarante-cinq!» se contenta de dire Hod, sans y ajouter autrement d'importance.