—Elle se sauvera, reprit l'Indou.

—Soit! répondit le capitaine Hou. Nous serons là pour la saluer au passage!» En un instant, des broussailles, des herbes sèches, du bois mort,—et il n'en manquait pas dans ce taillis,—tout un amas de matières combustibles fut empilé devant l'entrée de la caverne. Rien n'avait bougé à l'intérieur. Rien n'apparaissait dans ce boyau sombre, qui devait être assez profond. Cependant, nos oreilles n'avaient pu nous tromper. Le hurlement était certainement parti de là. Le feu fut mis aux herbes, et le tout flamba. De ce foyer se dégageait une fumée acre et épaisse que le vent rabattit, et qui devait rendre l'air irrespirable au dedans. Un second rugissement, plus furieux que le premier, éclata alors. L'animal se sentait acculé dans son dernier retranchement, et, pour ne pas être suffoqué, il allait être contraint de s'élancer au dehors. Nous l'attendions, postés en équerre sur les faces latérales du rocher, à demi couverts par les troncs d'arbres, de manière à éviter le choc d'un premier bond. Le capitaine, lui, avait choisi une autre place, et, il faut bien en convenir, la plus périlleuse. C'était à l'entrée d'une trouée du taillis, la seule qui pût livrer passage à la tigresse, lorsqu'elle essayerait de fuir à travers le bois. Hod avait mis un genou en terre, afin de mieux assurer son coup, et sa carabine était solidement épaulée; tout son être avait l'immobilité d'un marbre. Trois minutes s'étaient écoulées à peine depuis le moment où le feu avait été mis au tas de bois, qu'un troisième hurlement, ou plutôt, cette fois, un râle de suffocation, retentit à l'orifice du repaire. Le foyer fut dispersé en un instant, et un énorme corps apparut dans les tourbillons de fumée. C'était bien la tigresse. «Feu!» cria Banks.

Dix coups de fusil éclatèrent, mais nous pûmes constater plus tard qu'aucune balle n'avait touché l'animal. Son apparition avait été trop rapide. Comment l'eût-on pu viser avec quelque justesse au milieu des volutes de vapeur qui l'enveloppaient?

Mais, après son premier bond, si la tigresse avait touché terre, ce n'avait été que pour reprendre un point d'appui et s'élancer vers le fourré par un autre bond plus allongé encore.

Le capitaine Hod attendait l'animal avec le plus grand sang-froid, et, le saisissant pour ainsi dire au vol, il lui envoya une balle qui ne l'atteignit qu'au défaut de l'épaule.

Dans la durée d'un éclair, la tigresse s'était précipitée sur notre compagnon, elle l'avait renversé, elle allait lui fracasser la tête d'un coup de ses formidables pattes…

Kâlagani bondit, un large couteau à la main.

Le cri qui nous échappa durait encore, que le courageux Indou, tombant sur le fauve, le saisissait à la gorge au moment où sa griffe droite allait s'abattre sur le crâne du capitaine.

L'animal, détourné par cette brusque attaque, renversa l'Indou d'un mouvement de hanche, et s'acharna contre lui.

Mais le capitaine Hod s'était relevé d'un bond, et, ramassant le couteau que Kâlagani avait laissé tomber, d'une main sûre il le plongea tout entier dans le coeur de la bête.