Le 11 août, deux léopards furent pris conjointement dans ce premier piège à tigres, dont nous avions extrait le fournisseur.
C'étaient deux tchitas, semblables à celui qui avait si audacieusement attaqué le Géant d'Acier dans les plaines du Rohilkhande, et dont nous n'avions pu nous emparer.
Il ne manquait plus que deux tigres pour que le stock de Mathias
Van Guitt fût complet.
Nous étions au 15 août. Le colonel Munro n'avait pas encore reparu. De nouvelles de lui, pas la moindre. Banks était inquiet plus qu'il ne le voulait paraître. Il interrogea Kâlagani, qui connaissait la frontière népalaise, sur les dangers que pouvait courir sir Edward Munro à s'aventurer sur ces territoires indépendants. L'Indou lui assura qu'il ne restait plus un seul des partisans de Nana Sahib aux confins du Thibet. Toutefois, il parut regretter que le colonel ne l'eût pas choisi pour guide. Ses services lui auraient été très utiles, dans un pays dont les moindres sentiers lui étaient connus. Mais il ne fallait pas songer maintenant à le rejoindre.
Cependant, le capitaine Hod et Fox, plus particulièrement, continuaient leurs excursions dans le Tarryani. Aidés des chikaris du kraal, ils parvinrent à tuer trois autres tigres de moyenne taille, non sans grands risques. Deux de ces fauves furent portés au compte du capitaine, le troisième au compte du brosseur.
«Quarante-huit! dit Hod, qui aurait bien voulu atteindre le chiffre rond de cinquante, avant de quitter l'Himalaya.
—Trente-neuf!» avait dit Fox, sans parler d'une redoutable panthère, qui était tombée sous ses balles.
Le 20 août, l'avant-dernier des tigres réclamés par Mathias Van Guitt se fit prendre dans une de ces fosses, auxquelles, soit instinct, soit hasard, ils avaient échappé jusqu'alors. L'animal, ainsi qu'il arrive le plus souvent, se blessa dans sa chute, mais la blessure ne présentait aucune gravité. Quelques jours de repos suffiraient à assurer sa guérison, et il n'y devait plus rien paraître, lorsque la livraison serait faite pour le compte de Hagenbeck, de Hambourg.
L'emploi de ces fosses est regardé par les connaisseurs comme une méthode barbare. Lorsqu'il ne s'agit que de détruire les animaux, il est évident que tout moyen est bon; mais, quand on tient à les prendre vivants, la mort est trop souvent la conséquence de leur chute, surtout lorsqu'ils tombent dans ces fosses, profondes de quinze à vingt pieds, qui sont destinées à la capture des éléphants. Sur dix, à peine peut-on compter en retrouver un qui n'ait quelque fracture mortelle. Aussi, même dans le Mysore, où ce système était surtout préconisé, nous dit le fournisseur, on commence à l'abandonner.
En fin de compte, il ne manquait plus qu'un tigre à la ménagerie du kraal, et Mathias Van Guitt aurait bien voulu le tenir en cage. Il avait hâte de partir pour Bombay.