Au commencement de cette année, Nana Sahib, autrement dit le nabab Dandou-Pant, qui résidait près de Cawnpore, s'était rendu à Delhi, puis à Lucknow, dans le but, sans doute, de provoquer le soulèvement préparé de longue main.
En effet, peu de temps après le départ du Nana se déclarait le mouvement insurrectionnel.
Le gouvernement anglais venait d'introduire dans l'armée native l'usage de la carabine Enfield, qui nécessite l'emploi de cartouches graissées. Un jour, le bruit se répandit que cette graisse était, soit de la graisse de vache, soit de la graisse de porc, suivant que les cartouches étaient destinées aux soldats indous ou musulmans de l'armée indigène.
Or, dans un pays où les populations renoncent à se servir même de savon, parce que la graisse d'un animal sacré ou vil peut entrer dans sa composition, l'emploi de cartouches enduites de cette substance,—cartouches qu'il fallait déchirer avec les lèvres,— devait être difficilement accepté. Le gouvernement céda en partie devant les réclamations qui lui furent faites; mais il eut beau modifier la manoeuvre de la carabine, assurer que les graisses en question ne servaient pas à la confection des cartouches, il ne rassura et ne persuada personne dans l'armée des Cipayes.
Le 24 février, à Berampore, le 34e régiment refuse les cartouches. Au milieu du mois de mars, un adjudant est massacré, et le régiment licencié, après le supplice des assassins, va porter dans les provinces voisines de plus actifs ferments de révolte.
Le 10 mai, à Mirat, un peu au nord de Delhi, les 3e, 11e et 20e régiments se révoltent, tuent leurs colonels et plusieurs officiers d'état-major, livrent la ville au pillage, puis se replient sur Delhi. Là, le rajah, un descendant de Timour, se joint à eux. L'arsenal tombe en leur pouvoir, et les officiers du 54e régiment sont égorgés.
Le 11 mai, à Delhi, le major Fraser et ses officiers sont impitoyablement massacrés par les révoltés de Mirat jusque dans le palais du commandant européen, et, le 16 mai, quarante-neuf prisonniers, hommes, femmes, enfants, tombent sous la hache des assassins.
Le 20 mai, le 26e régiment, cantonné près de Lahore, tue le commandant du port et le sergent-major européen.
Le branle était donné à ces épouvantables boucheries.
Le 28 mai, à Nourabad, nouvelles victimes parmi les officiers anglo-indiens.