—Le Géant d'Acier fait ce qu'il peut, Munro, répondit l'ingénieur. Nous sommes à cinq atmosphères de pression, il y a du tirage, et la route est très raide!
—Mais à quoi bon se presser? s'écria le capitaine Hod, dont ces incidents ne manquaient jamais d'exciter la bonne humeur. Laissons-les nous accompagner, ces aimables bêtes! C'est un cortège digne de notre train! Le pays était désert, il ne l'est plus, et voilà que nous marchons escortés comme des rajahs en voyage!
—Les laisser faire, répondit Banks, il le faut bien! Je ne vois pas, d'ailleurs, comment nous pourrions les empêcher de nous suivre!
—Mais que craignez-vous? demanda le capitaine Hod. Vous ne l'ignorez pas, un troupeau est toujours moins redoutable qu'un éléphant solitaire! Ces animaux-là sont excellents!… Des moutons, de grands moutons à trompe, voilà tout!
—Bon! Hod qui s'enthousiasme déjà! dit le colonel Munro. Je veux bien convenir que, si ce troupeau reste en arrière et conserve sa distance, nous n'avons rien à redouter; mais s'il lui prend fantaisie de vouloir nous dépasser sur cette étroite route, il en pourrait résulter plus d'un dommage pour Steam-House!
—Sans compter, ajoutai-je, que lorsqu'ils se trouveront, pour la première fois, face à face avec notre Géant d'Acier, je ne sais trop quel accueil ils lui feront!
—Ils le salueront, mille diables! s'écria le capitaine Hod. Ils le salueront comme l'ont salué les éléphants du prince Gourou Singh!
—Ceux-là étaient des éléphants apprivoisés, fit observer, non sans raison, le sergent Mac Neil.
—Eh bien, riposta le capitaine Hod, ceux-ci s'apprivoiseront, ou plutôt, devant notre géant, ils seront frappés d'un étonnement qui se changera en respect!»
On voit que notre ami n'avait rien perdu de son enthousiasme pour l'éléphant artificiel, «ce chef-d'oeuvre de la création mécanique, créé par la main d'un ingénieur anglais!»