Et, j'ajoute, il en reste «trop», ainsi qu'on va bien le voir.
Les deux éléphants s'étaient rangés, comme je l'ai dit, de manière à laisser passer notre train; mais, après lui, ils avaient repris leur marche, un moment interrompue. Presque aussitôt, d'autres éléphants apparaissaient en arrière, et, pressant le pas, rejoignaient le couple que nous venions de dépasser. Un quart d'heure plus tard, on en pouvait compter une douzaine. Ils observaient Steam-House, ils nous suivaient, se tenant à une distance de cinquante mètres au plus. Ils ne paraissaient point désireux de nous rattraper; de nous abandonner, pas davantage. Or, cela leur était d'autant plus facile, que, sur ces rampes qui contournaient les principales croupes des Vindhyas, le Géant d'Acier ne pouvait accélérer son pas.
Un éléphant, d'ailleurs, sait se mouvoir avec une vitesse plus considérable qu'on n'est tenté de le croire,—vitesse qui, suivant M. Sanderson, très compétent en cette matière, dépasse quelquefois vingt-cinq kilomètres à l'heure. À ceux qui étaient là, rien de plus aisé, conséquemment, soit de nous atteindre, soit de nous devancer.
Mais il ne paraissait pas que ce fût leur intention,—en ce moment du moins. Se réunir en plus grand nombre, c'est ce qu'ils voulaient sans doute. En effet, à certains cris, lancés comme un appel par leur vaste gosier, répondaient des cris de retardataires qui suivaient le même chemin.
Vers une heure après-midi, une trentaine d'éléphants, massés sur la route, marchaient à notre suite. C'était maintenant toute une bande. Rien ne prouvait que leur nombre ne s'accroîtrait pas encore. Si un troupeau de ces pachydermes se compose ordinairement de trente à quarante individus, qui forment une famille de parents plus ou moins rapprochés, il n'est pas rare de rencontrer des agglomérations d'une centaine de ces animaux, et les voyageurs ne sauraient envisager sans une certaine inquiétude cette éventualité.
Le colonel Munro, Banks, Hod, le sergent, Kâlagani, moi, nous avions pris place sous la vérandah de la seconde voiture, et nous observions ce qui se passait à l'arrière.
«Leur nombre augmente encore, dit Banks, et il s'accroîtra sans doute de tous les éléphants dispersés sur le territoire!
—Cependant, fis-je observer, ils ne peuvent s'entendre au delà d'une distance assez restreinte.
—Non, répondit l'ingénieur, mais ils se sentent, et telle est la finesse de leur odorat, que des éléphants domestiques reconnaissent la présence d'éléphants sauvages, même à trois ou quatre milles.
—C'est une véritable migration, dit alors le colonel Munro. Voyez! Il y a là, derrière notre train, tout un troupeau, séparé par groupes de dix à douze éléphants, et ces groupes viennent prendre part au mouvement général. Il faudra presser notre marche, Banks.