Notre situation, déjà fort inquiétante, ne pouvait donc que s'aggraver encore. En effet, si les files d'éléphants s'étaient tout simplement allongées en avant et en arrière du train, la difficulté ne se fût pas accrue. Mais ceux qui marchaient sur les flancs n'y pouvaient rester. Ils nous eussent broyés contre les parois rocheuses de la route, ou ils auraient été culbutés dans les précipices qui la bordaient en maint endroit. Par instinct, ils tentèrent donc de se placer, soit en tête, soit en queue. Il en résulta bientôt qu'il ne fut plus possible ni de reculer ni d'avancer. «Cela se complique, dit le colonel Munro.

—Oui, répondit Banks, et nous voilà dans la nécessité d'enfoncer cette masse.

—Eh bien, fonçons, enfonçons! s'écria le capitaine Hod. Que diable! Les défenses d'acier de notre géant valent bien les défenses d'ivoire de ces sottes bêtes!» Les proboscidiens n'étaient plus que de «sottes bêtes» pour le mobile et changeant capitaine! «Sans doute, répondit le sergent Mac Neil, mais nous sommes un contre cent!

—En avant, quand même! s'écria Banks, ou tout ce troupeau va nous passer dessus!»

Quelques coups de vapeur imprimèrent un mouvement plus rapide au Géant d'Acier. Ses défenses atteignirent à la croupe un des éléphants qui se trouvaient devant lui.

Cri de douleur de l'animal, auquel répondirent les clameurs furieuses de toute la troupe. Une lutte, dont on ne pouvait prévoir l'issue, était imminente.

Nous avions pris nos armes, les fusils chargés de balles coniques, les carabines chargées de balles explosibles, les revolvers garnis de leurs cartouches. Il fallait être prêt à repousser toute agression.

La première attaque vint d'un gigantesque mâle, de farouche mine, qui, les défenses en arrêt, les pattes de derrière puissamment arcboutées sur le sol, se retourna contre le Géant d'Acier.

«Un «gunesh»! s'écria Kâlagani.

—Bah! il n'a qu'une défense! répliqua le capitaine Hod, qui haussa les épaules en signe de mépris.