C'était la seconde voiture qu'un groupe d'éléphants écrasait contre les roches de la route. «Rejoignez-nous! rejoignez-nous!» cria Banks à ceux de nos compagnons qui défendaient l'arrière de Steam-House. Déjà, Goûmi, le sergent, Fox, avaient précipitamment passé de la seconde voiture dans la première. «Et Parazard? dit le capitaine Hod.
—Il ne veut pas quitter sa cuisine, répondit Fox.
—Enlevez-le! enlèves-le!» Sans doute notre chef pensait que c'était un déshonneur pour lui d'abandonner le poste qui lui avait été confié. Mais résister aux bras vigoureux de Goûmi, lorsque ces bras se mettaient à l'oeuvre, autant aurait valu prétendre échapper aux mâchoires d'une cisaille. Monsieur Parazard fut donc déposé dans la salle à manger. «Vous y êtes tous? cria Banks.
—Oui, monsieur, répondit Goûmi.
—Coupez la barre d'attelage!
—Abandonner la moitié du train!… s'écria le capitaine Hod.
—Il le faut!» répondit Banks. Et la barre coupée, la passerelle brisée à coups de hache, notre seconde voiture resta en arrière. Il était temps. Cette voiture venait d'être ébranlée, soulevée, puis chavirée, et les éléphants, se jetant sur elle, achevèrent de l'écraser de tout leur poids. Ce n'était plus qu'une ruine informe, qui maintenant obstruait la route en arrière. «Hein! fit le capitaine Hod, d'un ton qui nous eût fait rire, si la situation y eût prêté, et dire que ces animaux n'écraseraient même pas une bête à bon Dieu!» Si les éléphants, devenus féroces, traitaient la première voiture comme ils avaient traité la seconde, il n'y avait plus aucune illusion à se faire sur le sort qui nous attendait.
«Force les feux, Kâlouth!» cria l'ingénieur.
Un demi-kilomètre encore, un dernier effort, et le lac Puturia était peut-être atteint!
Ce dernier effort qu'on attendait du Géant d'Acier, le puissant animal le fit sous la main de Storr, qui ouvrit en grand le régulateur. Il fit une véritable trouée à travers ce rempart d'éléphants, dont les arrière-trains se dessinaient au-dessus de la masse comme ces énormes croupes de chevaux qu'on voit dans les tableaux de bataille de Salvator Rosa. Puis, il ne se contenta pas de les larder de ses défenses; il leur lança des fusées de vapeur brûlante, ainsi qu'il avait fait aux pèlerins du Phalgou, il leur cingla des jets d'eau bouillante!… Il était magnifique!