Mais les pattes du Géant firent leur office. Le train s'éloigna peu à peu de la rive, et quelques dernières balles, convenablement ajustées, nous délivrèrent de ces «monstres marins», au moment ou leurs trompes allaient s'abattre sur la vérandah de l'arrière.

«Eh bien, mon capitaine, s'écria Banks, que pensez-vous de la douceur des éléphants de l'Inde?

—Peuh! fit le capitaine Hod, ça ne vaut pas les fauves! Mettez-moi une trentaine de tigres seulement à la place de cette centaine de pachydermes, et que je perde ma commission, si, à l'heure qu'il est, un seul de nous serait encore vivant pour raconter l'aventure!»

CHAPITRE X
Le lac Puturia.

Le lac Puturia, sur lequel Steam-House venait de trouver provisoirement refuge, est situé à quarante kilomètres environ dans l'est de Dumoh. Cette ville, chef-lieu de la province anglaise à laquelle elle a donné son nom, est en voie de prospérité, et avec ses douze mille habitants, renforcés d'une petite garnison, elle commande cette dangereuse portion du Bundelkund. Mais, au delà de ses murailles, surtout vers la partie orientale du pays, dans la plus inculte région des Vindhyas, dont le lac occupe le centre, son influence ne se fait que difficilement sentir.

Après tout, que pouvait-il, maintenant, nous arriver de pire que cette rencontre d'éléphants, dont nous nous étions tirés sains et saufs?

La situation, cependant, ne laissait pas d'être inquiétante, puisque la plus grande partie de notre matériel avait disparu. L'une des voitures composant le train de Steam-House était anéantie. Il n'y avait aucun moyen de la «renflouer», pour employer une expression de la langue maritime. Renversée sur le sol, écrasée contre les roches, de sa carcasse, sur laquelle avait inévitablement passé la masse des éléphants, il ne devait plus rester que des débris informes.

Et cependant, en même temps qu'elle servait à loger le personnel de l'expédition, cette voiture contenait, non seulement la cuisine et l'office, mais aussi la réserve de nourriture et de munitions. De celles-ci, il ne nous restait plus qu'une douzaine de cartouches, mais il n'était pas probable que nous eussions à faire usage des armes à feu avant notre arrivée à Jubbulpore.

Quant à la nourriture, c'était une autre question, et plus difficile à résoudre.

En effet, il n'y avait plus rien des provisions de l'office. En admettant que, le lendemain soir, nous eussions pu atteindre la station, encore éloignée de soixante-dix kilomètres, il faudrait se résigner à passer vingt-quatre heures sans manger.