Ma foi, on en prendrait son parti!

Dans cette circonstance, le plus désolé de tous, ce fut naturellement monsieur Parazard. La perte de son office, la destruction de son laboratoire, la dispersion de sa réserve, l'avaient frappé au coeur. Il ne cacha pas son désespoir, et, oubliant les dangers auxquels nous venions presque miraculeusement d'échapper, il ne se montra préoccupé que de la situation personnelle qui lui était faite.

Donc, au moment où, réunis dans le salon, nous allions discuter le parti qu'il convenait de prendre dans ces circonstances, monsieur Parazard, toujours solennel, apparut sur le seuil et demanda à «faire une communication de la plus haute gravité.»

«Parlez, monsieur Parazard, lui répondit le colonel Munro, en l'invitant à entrer.

—Messieurs, dit gravement notre chef noir, vous n'êtes pas sans savoir que tout le matériel qu'emportait la seconde habitation de Steam-House a été détruit dans cette catastrophe! Au cas même où il nous serait resté quelques provisions, j'aurais été fort gêné, faute de cuisine, pour vous préparer un repas, si modeste qu'il fût.

—Nous le savons, monsieur Parazard, répondit le colonel Munro. Cela est regrettable, mais nous ferons comme nous pourrons, et nous jeûnerons, s'il faut jeûner.

—Cela est d'autant plus regrettable, en effet, messieurs, reprit notre chef, qu'à la vue de ces groupes d'éléphants qui nous assaillaient, et dont plus d'un est tombé sous vos balles meurtrières…

—Belle phrase, monsieur Parazard! dit le capitaine Hod. Avec quelques leçons, vous arriveriez à vous exprimer avec autant d'élégance que notre ami Mathias Van Guitt.»

Monsieur Parazard s'inclina devant ce compliment, qu'il prit très au sérieux, et, après un soupir, il continua ainsi:

«Je dis donc, messieurs, qu'une occasion unique de me signaler dans mes fonctions m'était offerte. La chair d'éléphant, quoi qu'on ait pu penser, n'est pas bonne en toutes ses parties, dont quelques-unes sont incontestablement dures et coriaces; mais il semble que l'Auteur de toutes choses ait voulu ménager, dans cette masse charnue, deux morceaux de premier choix, dignes d'être servis sur la table du vice-roi des Indes. J'ai nommé la langue de l'animal, qui est, extraordinairement savoureuse, lorsqu'elle est préparée d'après une recette dont l'application m'est exclusivement personnelle, et les pieds du pachyderme…