Attendre, en effet! Cette nuit devait donc se passer encore dans une insomnie complète.

Le brouillard s'était épaissi, mais rien ne faisait présager l'approche du mauvais temps. Et cela était heureux, car, si notre train pouvait flotter, il n'était pas fait pour «tenir la mer.» On pouvait donc espérer que toutes ces vésicules de vapeur se condenseraient au lever du jour, ce qui assurerait une belle journée pour le lendemain.

Donc, tandis que notre personnel prenait place dans la salle à manger, nous nous installâmes sur les divans du salon, causant peu, mais prêtant l'oreille à tous les bruits du dehors.

Tout à coup, vers deux heures après minuit, un concert de fauves vint troubler le silence de la nuit.

La rive était donc là, dans la direction du sud-est, mais elle devait être assez éloignée encore. Ces hurlements étaient encore très affaiblis par la distance, et cette distance, Banks ne l'évalua pas à moins d'un bon mille. Une troupe d'animaux sauvages, sans doute, était venue se désaltérer à la pointe extrême du lac.

Mais, bientôt aussi, il fut constaté que, sous l'influence d'une légère brise, le train flottant dérivait vers la rive, d'une façon lente et continue. En effet, non seulement ces cris arrivaient plus distinctement à notre oreille, mais on distinguait déjà le grave rugissement du tigre du hurlement enroué des panthères.

«Hein! ne put s'empêcher de dire le capitaine Hod, quelle occasion de tuer là son cinquantième!

—Une autre fois, mon capitaine! répondit Banks. Le jour venu, j'aime à penser qu'au moment où nous accosterons la rive, cette bande de fauves nous aura cédé la place!

—Y aurait-il quelque inconvénient, demandai-je, à mettre les fanaux électriques en activité?

—Je ne le pense pas, répondit Banks. Cette partie de la berge n'est très probablement occupée que par des animaux en train de boire. Il n'y a donc aucun inconvénient à tenter de la reconnaître.»