Quelques minutes s'écoulèrent ainsi; puis, sa main s'abaissa, son voile retomba sur sa figure, et elle recula d'un pas.
Le colonel Munro crut qu'elle allait s'enfuir!
«Laurence!» cria-t-il une dernière fois, comme s'il lui eût jeté un suprême adieu.
Mais non! Lady Munro ne songeait pas à quitter le plateau de Ripore, et la situation, quelque épouvantable qu'elle fût déjà, allait encore s'aggraver.
En effet, lady Munro s'arrêta. Évidemment, ce canon avait attiré son attention. Peut-être s'éveillait-il en elle quelque souvenir obscurci du siège de Cawnpore! Elle revint donc, à pas lents. Sa main, qui tenait la résine, promenait sa flamme sur le tube de métal, et il suffisait d'une étincelle, enflammant l'amorce, pour que le coup partît!
Munro allait-il donc mourir de cette main?
Cette idée, il ne put la supporter! Mieux valait périr sous les yeux de Nana Sahib et des siens!
Munro allait appeler, réveiller ses bourreaux!…
Soudain, il sentit de l'intérieur du canon une main presser ses mains, attachées derrière son dos. C'était la pression d'une main amie qui cherchait à dénouer ses liens. Bientôt, le froid d'une lame d'acier, se glissant avec précaution entre les cordes et ses poignets, l'avertit que, dans l'âme même de cette pièce énorme, se tenait, mais par quel miracle! un libérateur.
Il ne pouvait s'y tromper! On coupait les cordes qui l'attachaient!…