En une seconde, ce fut fait! Il put faire un pas en avant. Il était libre!

Si maître de lui qu'il fût, un cri allait le perdre!…

Une main s'allongea hors de la pièce… Munro la saisit, il la tira, et un homme, qui venait de se dégager par un dernier effort de l'orifice du canon, tombait à ses pieds.

C'était Goûmi!

Le fidèle serviteur, après s'être échappé, avait continué à remonter la route de Jubbulpore, au lieu de revenir au lac, vers lequel se dirigeait la troupe de Nassim. Arrivé au chemin de Ripore, il avait dû se cacher une seconde fois. Un groupe d'Indous était là, parlant du colonel Munro que les Dacoits, dirigés par Kâlagani, allaient amener à la forteresse, où Nana Sahib lui réservait la mort par le canon. Sans hésiter, Goûmi s'était glissé dans l'ombre jusqu'au sentier tournant, il avait atteint l'esplanade, en ce moment déserte. Et alors, l'idée héroïque lui était venue de s'introduire dans l'énorme engin, en véritable clown qu'il était, avec la pensée de délivrer son maître, si les circonstances s'y prêtaient, ou, s'il ne pouvait le sauver, de se confondre avec lui dans la même mort!

«Le jour va venir! dit Goûmi à voix basse. Fuyons!

—Et lady Munro?» Le colonel montrait la folle, debout, immobile.
Sa main était, en ce moment, posée sur la culasse du canon.

«Dans nos bras… maître…» répondit Goûmi, sans demander d'autre explication.

Il était trop tard!

Au moment où le colonel et Goûmi s'approchaient d'elle pour la saisir, lady Munro, voulant leur échapper, se raccrocha de la main à la pièce, sa résine s'abattit sur l'amorce, et une effroyable détonation, répercutée par les échos des Vindhyas, remplit d'un roulement de tonnerre toute la vallée de la Nerbudda.