Le colonel et Goûmi avaient hâté leur marche. Arrivés sur la partie inférieure du sentier, déjà moins raide, ils pouvaient courir. Il ne s'en fallait plus que d'une quarantaine de pas qu'ils eussent atteint le chemin de Ripore, qui aboutissait à la grande route, et sur lequel la fuite leur deviendrait plus facile.

Mais, plus facile aussi serait la poursuite. Chercher un refuge, c'était inutile. Tous deux auraient été bientôt découverts. Donc, nécessité de distancer les Indous, et, en outre, de sortir avant eux du dernier défilé des Vindhyas.

La résolution du colonel Munro fut aussitôt prise. Il ne retomberait pas vivant aux mains de Nana Sahib. Celle qui venait de lui être rendue, il la frapperait du poignard de Goûmi, plutôt que de la livrer au nabab, et de ce poignard il se frapperait ensuite!

Tous deux avaient alors une avance de près de cinq minutes. Au moment où les premiers Indous franchissaient la poterne, le colonel Munro et Goûmi entrevoyaient déjà le chemin auquel se reliait le sentier, et la grande route n'était qu'à un quart de mille.

«Hardi, maître! disait Goûmi, prêt à faire au colonel un rempart de son corps. Avant cinq minutes, nous serons sur la route de Jubbulpore!

—Dieu fasse que nous y trouvions du secours!» murmura le colonel Munro. Les clameurs des Indous devenaient de plus en plus distinctes. Au moment où les fugitifs débouchaient sur le chemin, deux hommes, qui marchaient rapidement, arrivaient au bas du sentier. Il faisait assez jour alors pour que l'on pût se reconnaître, et deux noms, comme deux cris de haine, se répondirent à la fois: «Munro!

—Nana Sahib!» Le nabab, au bruit de la détonation, était accouru et remontait en toute hâte à la forteresse. Il ne pouvait comprendre pourquoi ses ordres avaient été exécutés avant l'heure. Un Indou l'accompagnait, mais, avant que cet Indou n'eût pu faire ni un pas ni même un geste, il tombait aux pieds de Goûmi, mortellement frappé de ce couteau qui avait coupé les liens du colonel. «À moi! cria Nana Sahib, appelant toute la troupe qui descendait le sentier.

—Oui, à toi!» répondit Goûmi. Et, plus prompt que l'éclair, il se jeta sur le nabab. Son intention avait été,—du moins s'il ne parvenait pas à le tuer du premier coup,—de lutter du moins avec lui, de manière à donner au colonel Munro le temps de gagner la route; mais la main de fer du nabab avait arrêté la sienne, et son couteau venait de lui échapper.

Furieux de se sentir désarmé, Goûmi saisit alors son adversaire à la ceinture, et, le serrant sur sa poitrine, il l'emporta dans ses bras vigoureux, décidé à se précipiter avec lui dans le premier abîme qu'il rencontrerait.

Cependant, Kâlagani et ses compagnons, se rapprochant, allaient atteindre l'extrémité inférieure du sentier, et alors plus d'espérance de pouvoir leur échapper!