«Encore un effort! répéta Goûmi. Je tiendrai bon pendant quelques minutes, en me faisant un bouclier de leur nabab! Fuyez, maître, fuyez sans moi!»

Mais trois minutes à peine séparaient maintenant les fugitifs de ceux qui les poursuivaient, et le nabab appelait Kâlagani d'une voix étouffée.

Tout à coup, à vingt pas en avant, des cris retentirent.

«Munro! Munro!»

Banks était là, sur le chemin de Ripore, avec le capitaine Hod, Maucler, le sergent Mac Neil, Fox, Parazard, et, à cent pas d'eux, sur la grande route, le Géant d'Acier, lançant des tourbillons de fumée, les attendait avec Storr et Kâlouth!

Après la destruction de la dernière maison de Steam-House, l'ingénieur et ses compagnons n'avaient plus qu'un parti à prendre: utiliser comme véhicule l'éléphant que la bande des Dacoits n'avait pu détruire. Donc, juchés sur le Géant d'Acier, ils avaient aussitôt quitté le lac Puturia et remonté la route de Jubbulpore. Mais, au moment où ils passaient devant le chemin qui menait à la forteresse, une formidable détonation avait retenti au-dessus de leurs têtes, et ils s'étaient arrêtés.

Un pressentiment, un instinct, si l'on veut, les avait poussés à se lancer sur ce chemin. Qu'espéraient-ils? Ils n'auraient pu le dire.

Toujours est-il que, quelques minutes après, le colonel était devant eux, qui leur criait:

«Sauvez lady Munro!

—Et tenez bon Nana Sahib, le vrai!» s'écria Goûmi. Il avait, dans un dernier effort de furie, jeté à terre le nabab, à demi suffoqué, dont se saisirent le capitaine Hod, Mac Neil et Fox. Puis, sans demander aucune explication, Banks et les siens rejoignirent le Géant d'Acier sur la route. Par ordre du colonel, qui voulait le livrer à la justice anglaise, Nana Sahib fut attaché sur le cou de l'éléphant. Quant à lady Munro, on la déposa dans la tourelle, et son mari prit place à ses côtés. Tout à sa femme, qui commençait à reprendre ses sens, il épiait en elle quelque lueur de raison. L'ingénieur et ses compagnons s'étaient hissés rapidement sur le dos du Géant d'Acier.