— A-t-il hissé son pavillon?

— Non, mon commandant, répondit un des officiers.

— Demandez aux vigies s'il est possible de savoir quelle est la nationalité de ce navire!»

Ces ordres furent exécutés. Quelques instants plus tard, réponse était donnée qu'aucun pavillon ne battait à la corne de ce bâtiment, ni même en tête de sa mâture.

Cependant, il faisait assez jour encore pour que l'on pût, à défaut de sa nationalité, estimer au moins quelle était sa force.

C'était un brick, dont le grand mât s'inclinait sensiblement sur l'arrière. Extrêmement long, très fin de formes, démesurément mâté, avec une large croisure, il pouvait, autant qu'on pouvait s'en rendre compte à cette distance, jauger de sept à huit cents tonneaux et devait avoir une marche exceptionnelle sous toutes les allures. Mais était-il armé en guerre? Avait-il ou non de l'artillerie sur son pont? Ses pavois étaient-ils percés de sabords dont les mantelets eussent été baissés? C'est ce que les meilleures longues-vues du bord ne purent reconnaître.

En effet, une distance de quatre milles, au moins, séparait alors le brick de la corvette. En outre, avec le soleil qui venait de disparaître derrière les hauteurs des Asprovouna, le soir commençait à se faire, et l'obscurité, au pied de la terre, était déjà profonde.

«Singulier bâtiment! dit le capitaine Todros.

— On dirait qu'il cherche à passer entre l'île Platana et la côte! ajouta un des officiers.

— Oui! comme un navire qui regretterait d'avoir été vu, répondit le second, et qui voudrait se cacher!»