Henry d'Albaret ne répondit pas; mais, évidemment, il partageait l'opinion de ses officiers. La manoeuvre du brick, en ce moment, ne laissait pas de lui paraître suspecte.
«Capitaine Todros, dit-il enfin, il importe de ne pas perdre la piste de ce navire pendant la nuit. Nous allons manoeuvrer de manière à rester dans ses eaux jusqu'au jour.
Mais, comme il ne faut pas qu'il nous voie, vous ferez éteindre tous les feux à bord.»
Le second donna des ordres en conséquence. On continua d'observer le brick, tant qu'il fut visible sous la haute terre qui l'abritait. Lorsque la nuit fut faite, il disparut complètement, et aucun feu ne permit de déterminer sa position.
Le lendemain, dès les premières lueurs de l'aube, Henry d'Albaret était à l'avant de la Syphanta, attendant que les brumes se fussent dégagées de la surface de la mer.
Vers sept heures, le brouillard se dissipa, et toutes les lunettes se dirigèrent vers l'est.
Le brick était toujours le long de terre, à la hauteur du cap Alikaporitha, à six milles environ en avant de la corvette. Il avait donc sensiblement gagné sur elle pendant la nuit, et cela, sans qu'il eût rien ajouté à sa voilure de la veille, misaine, grand et petit hunier, petit perroquet, ayant laissé sa grand'voile et sa brigantine sur leurs cargues.
«Ce n'est point l'allure d'un bâtiment qui chercherait à fuir, fit observer le second.
— Peu importe! répondit le commandant. Tâchons de le voir de plus près! Capitaine Todros, faites porter sur ce brick.»
Les voiles hautes furent aussitôt larguées au sifflet du maître d'équipage, et la vitesse de la corvette s'accrut notablement.