Mais, sans doute, le brick tenait à garder sa distance, car il largua sa brigantine et son grand perroquet — rien de plus. S'il ne voulait pas se laisser approcher par la Syphanta, très probablement aussi, il ne voulait pas la laisser en arrière.

Toutefois, il se tint sous la côte, en la serrant d'aussi près que possible.

Vers dix heures du matin, soit qu'elle eût été plus favorisée par le vent, soit que le navire inconnu eût consenti à lui laisser prendre un peu d'avance, la corvette avait gagné quatre milles sur lui.

On put l'observer alors dans de meilleures conditions. Il était armé d'une vingtaine de caronades et devait avoir un entrepont, bien qu'il fût très ras sur l'eau.

«Hissez le pavillon», dit Henry d'Albaret.

Le pavillon fut hissé à la corne de brigantine, et il fut appuyé d'un coup de canon. Cela signifiait que la corvette voulait connaître la nationalité du navire en vue. Mais, à ce signal, il ne fut fait aucune réponse. Le brick ne modifia ni sa direction ni sa vitesse, et s'éleva d'un quart afin de doubler la baie de Kératon.

«Pas poli, ce gaillard-là! dirent les matelots.

— Mais prudent, peut-être! répondit un vieux gabier de misaine. Avec son grand mât incliné, il vous a un air de porter son chapeau sur l'oreille et de ne pas vouloir l'user à saluer les gens!»

Un second coup de canon partit du sabord de chasse de la corvette — inutilement. Le brick ne mit point en panne, et il continua tranquillement sa route, sans plus se préoccuper des injonctions de la corvette que si elle eût été par le fond.

Ce fut alors une véritable lutte de vitesse qui s'établit entre les deux bâtiments. Toute la voilure avait été mise dessus à bord de la Syphanta, bonnettes, ailes de pigeons, contre-cacatois, tout, jusqu'à la voile de civadière. Mais, de son côté, le brick força de toile et maintint imperturbablement sa distance.