«Il a donc une mécanique du diable dans le ventre!» s'écria le vieux gabier.
La vérité est que l'on commençait à enrager à bord de la corvette, non seulement l'équipage, mais aussi les officiers, et plus qu'eux tous, l'impatient Todros. Vrai Dieu! il eût donné sa part de prises pour pouvoir amariner ce brick, quelle que fût sa nationalité!
La Syphanta était armée, à l'avant, d'une pièce à très longue portée, qui pouvait envoyer un boulet plein de trente livres à une distance de près de deux milles.
Le commandant d'Albaret — calme, au moins en apparence — donna ordre de tirer.
Le coup partit, mais le boulet, après avoir ricoché, alla tomber à une vingtaine de brasses du brick.
Celui-ci, pour toute réponse, se contenta de gréer ses bonnettes hautes, et il eut bientôt accru la distance qui le séparait de la corvette.
Fallait-il donc renoncer à l'atteindre, aussi bien en forçant de toile qu'en lui envoyant des projectiles? C'était humiliant pour une aussi bonne marcheuse que la Syphanta!
La nuit se fit sur les entrefaites. La corvette se trouvait alors à peu près à la hauteur du cap Péristéra. La brise vint à fraîchir, assez sensiblement même pour qu'il fût nécessaire de rentrer les bonnettes et d'établir une voilure de nuit plus convenable.
La pensée du commandant était bien que, le jour venu, il n'apercevrait plus rien de ce navire, pas même l'extrémité de ses mâts que lui masquerait soit l'horizon dans l'est, soit un retour de la côte.
Il se trompait.