Lorsque Sacratif mit le pied sur le pont de la corvette, il était trois heures du soir. La brise commençait à fraîchir, ce qui permit aux autres navires de reprendre leur poste de manière à toujours conserver la Syphanta sous le feu de leurs canons. Quant aux deux bricks, attachés à ses flancs, ils durent attendre que leur chef fût disposé à s'y embarquer.
Mais, en ce moment, il n'y songeait pas, et une centaine de pirates restèrent avec lui à bord de la corvette.
Sacratif n'avait pas encore adressé la parole au commandant d'Albaret. Il s'était contenté d'échanger quelques paroles avec Skopélo qui fit conduire les prisonniers, officiers et matelots, vers les écoutilles. Là, on les réunit à ceux de leurs compagnons qui avaient été pris dans la batterie et dans l'entrepont; puis, tous furent contraints de descendre au fond de la cale, dont les panneaux se refermèrent sur eux. Quel sort leur réservait-on? Sans doute, une mort horrible qui les anéantirait en détruisant la Syphanta!
Il ne restait plus alors sur la dunette qu'Henry d'Albaret et le capitaine Todros, désarmés, attachés, gardés à vue. Sacratif, entouré d'une douzaine de ses plus farouches pirates, fit un pas vers eux.
«Je ne savais pas, dit-il, que la Syphanta fût commandée par Henry d'Albaret! Si je l'avais su, je n'aurais pas hésité à lui offrir le combat dans les mers de Crète, et il ne fût pas allé faire concurrence aux Pères de la Merci sur le marché de Scarpanto.
— Si Nicolas Starkos nous eût attendus dans les mers de Crète, répondit le commandant d'Albaret, il serait déjà pendu à la vergue de misaine de la Syphanta!
— Vraiment? reprit Sacratif. Une justice expéditive et sommaire…
— Oui!… la justice qui convient à un chef de pirates!
— Prenez garde, Henry d'Albaret, s'écria Sacratif, prenez garde! Votre vergue de misaine est encore au mât de la corvette, et je n'ai qu'à faire un signe…
— Faites!