— Votre lettre me parle de deux affaires, reprit le banquier, l'une qui rentre dans la catégorie de nos rapports accoutumés, l'autre qui vous est purement personnelle.

— En effet, Elizundo.

— Eh bien, parlez, Nicolas Starkos! J'ai hâte de les connaître toutes les deux!»

On le voit, le banquier s'exprimait très catégoriquement. Il voulait, par là, mettre son visiteur en demeure de s'expliquer, sans se dépenser en faux-fuyants ni échappatoires. Mais, ce qui contrastait avec la netteté de ces questions, c'était le ton un peu sourd dont elles étaient faites. Bien évidemment, de ces deux hommes, placés en face l'un de l'autre, ce n'était pas le banquier qui tenait la position.

Aussi, le capitaine de la Karysta ne put-il cacher un demi- sourire, dont Elizundo, les yeux baissés, ne vit rien.

«Laquelle des deux questions aborderons-nous d'abord? demanda
Nicolas Starkos.

— D'abord, celle qui vous est purement personnelle! répondit assez vivement le banquier.

— Je préfère commencer par celle qui ne l'est pas, répliqua le capitaine d'un ton tranchant.

— Soit, Nicolas Starkos! De quoi s'agit-il?

— Il s'agit d'un convoi de prisonniers, dont nous devons prendre livraison à Arkadia. Il y a là deux cent trente-sept têtes, hommes, femmes et enfants, qui vont être transportés à l'île de Scarpanto, d'où je me charge de les conduire à la côte barbaresque. Or, vous le savez, Elizundo, puisque nous avons souvent fait des opérations de ce genre, les Turcs ne livrent leur marchandise que contre argent ou contre du papier, à la condition qu'une bonne signature lui donne une valeur certaine. Je viens donc vous demander votre signature, et je compte que vous voudrez bien l'accorder à Skopélo, quand il vous apportera les traites toutes préparées. — Cela ne fera aucune difficulté, n'est-il pas vrai?»