Le banquier ne répondit pas, mais son silence ne pouvait être qu'un acquiescement à la demande du capitaine. Il y avait d'ailleurs des précédents qui l'engageaient.
«Je dois ajouter, reprit négligemment Nicolas Starkos, que l'affaire ne sera pas mauvaise. Les opérations ottomanes prennent une mauvaise tournure en Grèce. La bataille de Navarin aura de funestes conséquences pour les Turcs, puisque les puissances européennes s'en mêlent. S'ils doivent renoncer à la lutte, plus de prisonniers, plus de ventes, plus de profits. C'est pourquoi ces derniers convois qu'on nous livre encore dans d'assez bonnes conditions, auront-ils acquéreurs à haut prix sur les côtes de l'Afrique. Ainsi donc, nous trouverons notre avantage à cette affaire, et vous, le vôtre, par conséquent. — Je puis compter sur votre signature?
— Je vous escompterai vos traites, répondit Elizundo, et n'aurai pas de signature à vous donner.
— Comme il vous plaira, Elizundo, répondit le capitaine, mais nous nous serions contentés de votre signature. Vous n'hésitiez pas à la donner autrefois!
— Autrefois n'est pas aujourd'hui, dit Elizundo, et, aujourd'hui, j'ai des idées différentes sur tout cela!
— Ah! vraiment! s'écria le capitaine. À votre aise, après tout! - - Mais est-il donc vrai que vous cherchiez à vous retirer des affaires, comme je l'ai entendu dire?
— Oui, Nicolas Starkos! répondit le banquier d'une voix ferme, et, en ce qui vous concerne, voici la dernière opération que nous ferons ensemble… puisque vous tenez à ce que je la fasse!
— J'y tiens absolument, Elizundo», répondit Nicolas Starkos d'un ton sec.
Puis, il se leva, fit quelques tours dans le cabinet, mais sans cesser d'envelopper le banquier d'un regard peu obligeant. Revenant enfin se placer devant lui:
«Maître Elizundo, dit-il d'un ton narquois, vous êtes donc bien riche, puisque vous songez à vous retirer des affaires?»