— Moi! Écoutez, Elizundo, et tenez compte de mes paroles, répondit le capitaine de la Karysta avec une impudence voulue, car je ne reviendrai plus sur ce que je vais vous dire. Cette énorme fortune, c'est surtout par moi, par les opérations que nous avons faites ensemble et dans lesquelles je risquais ma tête, que vous l'avez gagnée! C'est en trafiquant des cargaisons pillées, des prisonniers achetés et vendus pendant la guerre de l'Indépendance, que vous avez encaissé ces gains, dont le montant se chiffre par millions! Eh bien, il n'est que juste que ces millions me reviennent! Je suis sans préjugés, moi, vous le savez du reste! Je ne vous demanderai pas l'origine de votre fortune! La guerre terminée, moi aussi, je me retirerai des affaires! Mais je ne veux pas, non plus, être seul dans la vie, et j'entends, comprenez-moi bien, j'entends qu'Hadjine Elizundo devienne la femme de Nicolas Starkos!»
Le banquier retomba sur son fauteuil. Il sentait bien qu'il était entre les mains de cet homme, depuis longtemps son complice. Il savait que le capitaine de la Karysta ne reculerait devant rien pour arriver à son but. Il ne doutait pas que, s'il le fallait, il ne fût homme à raconter tout le passé de la maison de banque.
Pour répondre négativement à la demande de Nicolas Starkos, au risque de provoquer un éclat, Elizundo n'avait plus qu'une chose à dire, et, non sans quelque hésitation, il la dit:
«Ma fille ne peut être votre femme, Nicolas Starkos, parce qu'elle doit être la femme d'un autre!
— D'un autre! s'écria Nicolas Starkos. En vérité, je suis arrivé à temps! Ah! la fille du banquier Elizundo se marie?…
— Dans cinq jours!
— Et qui épouse-t-elle? demanda le capitaine, dont la voix frémissait de colère.
— Un officier français.
— Un officier français! Sans doute, un de ces Philhellènes qui sont venus au secours de la Grèce?
— Oui!