«Me voici, Hadjine Elizundo, dit le capitaine, et je suis à vos ordres. Pourquoi m'avez-vous fait demander?

— Pour deux motifs, Nicolas Starkos, répondit la jeune fille, qui voulait aller droit au but. Tout d'abord, j'ai à vous dire que ce projet de mariage que m'imposait mon père, vous le savez bien, doit être considéré comme rompu entre nous.

— Et moi, répliqua froidement Nicolas Starkos, je me bornerai à répondre qu'en parlant ainsi, Hadjine Elizundo n'a peut-être pas réfléchi aux conséquences de ses paroles.

— J'ai réfléchi, répondit la jeune fille, et vous comprendrez que ma résolution doit être irrévocable, puisque je n'ai plus rien à apprendre sur la nature des affaires que la maison Elizundo a faites avec vous et les vôtres, Nicolas Starkos!»

Ce ne fut pas sans un vif déplaisir que le capitaine de la Karysta reçut cette très nette réponse. Sans doute, il s'attendait bien à ce qu'Hadjine Elizundo lui notifiât son congé en bonne forme, mais il comptait aussi briser sa résistance, en lui apprenant ce qu'avait été son père et quels rapports le liaient à lui. Or, voici qu'elle savait tout. C'était donc une arme, sa meilleure peut-être, qui se brisait dans sa main. Toutefois, il ne se crut pas désarmé, et il reprit d'un ton quelque peu ironique:

«Ainsi, vous connaissez les affaires de la maison Elizundo, et, les connaissant, vous tenez ce langage?

— Je le tiens, Nicolas Starkos, et le tiendrai toujours, parce que c'est mon devoir de le tenir!

— Dois-je donc croire, répondit Nicolas Starkos, que le capitaine
Henry d'Albaret…

— Ne mêlez pas le nom d'Henry d'Albaret à tout ceci!» répliqua vivement Hadjine.

Puis, plus maîtresse d'elle-même, et, pour empêcher toute provocation qui eût pu survenir, elle ajouta: