Ce fut dans ces circonstances, à la date du 26 avril, qu'Henry d'Albaret eut connaissance d'un fait de grande importance. Les puissances alliées venaient de décider que tout renfort, qui arriverait par mer aux troupes d'Ibrahim, serait intercepté. De plus, la Russie déclarait officiellement la guerre au sultan. La situation de la Grèce continuait donc à s'améliorer, et, quelques retards qu'elle eût encore à subir, elle marchait sûrement à la conquête de son indépendance.
Au 30 avril, la corvette s'était enfoncée jusqu'aux dernières limites du golfe de Salonique, point extrême qu'elle devait atteindre dans le nord-ouest de l'Archipel pendant cette croisière. Elle eut encore là l'occasion de donner la chasse à quelques chébecs, senaux ou polacres, qui ne lui échappèrent qu'en se jetant à la côte. Si les équipages ne périrent pas jusqu'au dernier homme, du moins, la plupart de ces bâtiments furent-ils mis hors d'usage.
La Syphanta reprit alors la direction du sud-est, de manière à pouvoir observer soigneusement les côtes méridionales du golfe de Salonique. Mais l'alarme avait été donnée, sans doute, car pas un seul pirate ne se montra, dont elle aurait eu à faire justice.
Ce fut alors qu'un fait singulier, inexplicable même, se produisit à bord de la corvette.
Le 10 mai, vers sept heures du soir, en rentrant dans le carré qui occupait tout l'arrière de la Syphanta, Henry d'Albaret trouva une lettre déposée sur la table. Il la prit, il l'approcha de la lampe de roulis qui se balançait au plafond, et en lut l'adresse.
Cette adresse était ainsi libellée:
«Au capitaine Henry d'Albaret, commandant la corvette Syphanta, en mer.»
Henry d'Albaret crut bien reconnaître cette écriture. Elle ressemblait, en effet, à celle de la lettre qu'il avait reçue à Scio, et par laquelle on l'informait qu'une place était à prendre à bord de la corvette.
Voici ce que contenait cette lettre, si singulièrement arrivée, cette fois, et en dehors de toutes conditions postales:
«Si le commandant d'Albaret veut disposer son plan de campagne à travers l'Archipel, de façon à se trouver sur les parages de l'île Scarpanto dans la première semaine de septembre, il aura agi pour le bien de tous et au mieux des intérêts qui lui sont confiés.»