Le 10 juillet, le vent recommença à souffler du nord — circonstance favorable pour la Syphanta, qui, après avoir passé presque en vue de la petite ville de Damala, eut rapidement doublé le cap Skyli, à la pointe extrême du golfe de Nauplie.
Le 11, elle paraissait devant Hydra, et, le surlendemain, devant Spetzia. Inutile d'insister sur la part que les habitants de ces deux îles prirent à la guerre de l'Indépendance. Au début, Hydriotes, Spetziotes et leurs voisins, les Ipsariotes, possédaient plus de trois cents navires de commerce. Après les avoir transformés en bâtiments de guerre, ils les lancèrent, non sans avantage, contre les flottes ottomanes. Là fut le berceau de ces familles Condouriotis, Tombasis, Miaoulis, Orlandos et tant d'autres de haute origine, qui payèrent de leur fortune d'abord, de leur sang ensuite, cette dette à la patrie. De là partirent ces redoutables brûlotiers qui devinrent bientôt la terreur des Turcs. Aussi, malgré des révoltes à l'intérieur, jamais ces deux îles ne furent-elles souillées par le pied des oppresseurs.
Au moment où Henry d'Albaret les visita, elles commençaient à se retirer d'une lutte, déjà bien amoindrie de part et d'autre. L'heure n'était plus loin, à laquelle elles allaient se réunir au nouveau royaume, en formant deux éparchies du département de la Corinthie et de l'Argolide.
Le 20 juillet, la corvette relâcha au port d'Hermopolis, dans l'île de Syra, cette patrie du fidèle Eumée, si poétiquement chantée par Homère. À l'époque actuelle, elle servait encore de refuge à tous ceux que les Turcs avaient chassés du continent. Syra, dont l'évêque catholique est toujours sous la protection de la France, mit toutes ses ressources à la disposition d'Henry d'Albaret. En aucun port de son pays, le jeune commandant n'eût trouvé meilleur ni plus cordial accueil.
Un seul regret se mêla à cette joie qu'il ressentit de se voir si bien reçu: ce fut de ne pas être arrivé trois jours plus tôt.
En effet, dans une conversation qu'il eut avec le consul de France, celui-ci lui apprit qu'une sacolève, portant le nom de Karysta, et naviguant sous pavillon grec, venait, soixante heures auparavant, de quitter le port. De là, cette conclusion que la Karysta, en fuyant l'île de Thasos, pendant le combat de la corvette avec les pirates, s'était dirigée vers les parages méridionaux de l'Archipel.
«Mais peut-être sait-on où elle est allée? demanda vivement Henry d'Albaret.
— D'après ce que j'ai entendu dire, répondit le consul, elle a dû faire route pour les îles du sud-est, si ce n'est même à destination de l'un des ports de la Crète.
— Vous n'avez point eu de rapport avec son capitaine? demanda
Henry d'Albaret.
— Aucun, commandant.