— Et vous ne savez pas si ce capitaine se nommait Nicolas
Starkos?
— Je l'ignore.
— Et rien n'a pu faire soupçonner que cette sacolève fît partie de la flottille des pirates qui infestent cette partie de l'Archipel?
— Rien; mais s'il en était ainsi, répondit le consul, il ne serait pas étonnant qu'elle eût fait voile pour la Crète, dont certains ports sont toujours ouverts à ces forbans!»
Cette nouvelle ne laissa pas de causer au commandant de la Syphanta une véritable émotion, comme tout ce qui pouvait se rapporter directement ou indirectement à la disparition d'Hadjine Elizundo. En vérité, c'était une mauvaise chance d'être arrivé si peu de temps après le départ de la sacolève. Mais, puisqu'elle avait fait route pour le sud, peut-être la corvette, qui devait suivre cette direction, parviendrait-elle à la rejoindre? Aussi Henry d'Albaret, qui désirait si ardemment se trouver en face de Nicolas Starkos, quittait-il Syra dans la soirée même du 21 juillet, après avoir appareillé sous une petite brise qui ne pouvait que fraîchir, à s'en rapporter aux indications du baromètre.
Pendant quinze jours, il faut bien l'avouer, le commandant d'Albaret chercha au moins autant la sacolève que les pirates. Décidément, dans sa pensée, la Karysta méritait d'être traitée comme eux et pour les mêmes raisons. Le cas échéant, il verrait ce qu'il aurait à faire.
Cependant, malgré ses recherches, la corvette ne parvint pas à retrouver les traces de la sacolève. À Naxos, dont on visita tous les ports, la Karysta n'avait point fait relâche. Au milieu des îlots et des écueils qui entourent cette île, on ne fut pas plus heureux. D'ailleurs, absence complète de forbans, et cela dans des parages qu'ils fréquentaient volontiers.
Pourtant, le commerce est considérable entre ces riches Cyclades, et les chances de pillage auraient dû tout particulièrement les y attirer.
Il en fut de même à Paros, qu'un simple canal, large de sept milles, sépare de Naxos. Ni les ports de Parkia, de Naussa, de Sainte-Marie, d'Agoula, de Dico, n'avaient reçu la visite de Nicolas Starkos. Sans doute, ainsi que l'avait dit le consul de Syra, la sacolève avait dû se diriger vers un des points du littoral de la Crète.
La Syphanta, le 9 août, mouillait dans le port de Milo. Cette île, que les commotions volcaniques ont faite pauvre, de riche qu'elle fut jusqu'au milieu du dix-huitième siècle, est maintenant empoisonnée par les vapeurs malignes du sol, et sa population tend de plus en plus à s'amoindrir.