Si c'était un des serviteurs du baron de Gortz qui entrait, il se jetterait sur lui, il lui arracherait ses clefs, il le mettrait hors d'état de le suivre; puis, s'élançant par cette nouvelle issue, il tenterait d'atteindre le donjon.
Si c'était le baron Rodolphe de Gortz—et il reconnaîtrait bien l'homme qu'il avait aperçu au moment où la Stilla tombait sur la scène de San-Carlo—, il le frapperait sans pitié.
Cependant les pas s'étaient arrêtés au palier qui formait le seuil extérieur.
Franz, ne faisant pas un mouvement, attendait que la porte s'ouvrît...
Elle ne s'ouvrit pas, et une voix d'une douceur infinie arriva jusqu'au jeune comte.
C'était la voix de la Stilla... oui!... mais sa voix un peu affaiblie avec toutes ses inflexions, son charme inexprimable, ses caressantes modulations, admirable instrument de cet art merveilleux qui semblait être mort avec l'artiste.
Et la Stilla répétait là plaintive mélodie, qui avait bercé le rêve de Franz, lorsqu'il sommeillait dans la grande salle de l'auberge de Werst:
| Nel giardino de' mille fiori, |
| Andiamo, mio cuore... |
Ce chant pénétrait Franz jusqu'au plus profond de son âme... Il l'aspirait, il le buvait comme une liqueur divine, tandis que la Stilla semblait l'inviter à la suivre, répétant:
Andiamo, mio cuore... andiamo...