Et il commençait à enlever les briques une à une, lorsqu'un bruit se fit entendre de l'autre côté.

Franz s'arrêta.

Le bruit n'avait pas cessé, et, en même temps, un rayon de lumière arrivait à travers la crevasse.

Franz regarda.

Là était la vieille chapelle du château. A quel lamentable état de délabrement le temps et l'abandon l'avaient réduite: une voûte à demi effondrée, dont quelques nervures se raccordaient encore sur des piliers gibbeux, deux ou trois arceaux de style ogival menaçant ruine; un fenestrage disloqué où se dessinaient de frêles meneaux du gothique flamboyant; çà et là, un marbre poussiéreux, sous lequel dormait quelque ancêtre de la famille de Gortz; au fond du chevet, un fragment d'autel dont le retable montrait des sculptures égratignées, puis un reste de la toiture, coiffant le dessus de l'abside, qui avait été épargné par les rafales, et enfin au faîte du portail, le campanile branlant, d'où pendait une corde jusqu'à terre,—la corde de cette cloche, qui tintait quelquefois, à l'inexprimable épouvante des gens de Werst, attardés sur la route du col.

Dans cette chapelle, déserte depuis si longtemps, ouverte aux intempéries du climat des Carpathes, un homme venait d'entrer, tenant à la main un fanal, dont la clarté mettait sa face en pleine lumière.

Franz reconnut aussitôt cet homme.

C'était Orfanik, cet excentrique dont le baron faisait son unique société pendant son séjour dans les grandes villes italiennes, cet original que l'on voyait passer à travers les rues, gesticulant et se parlant à lui-même, ce savant incompris, cet inventeur toujours à la poursuite de quelque chimère, et qui mettait certainement ses inventions au service de Rodolphe de Gortz!

Si donc Franz avait pu conserver jusque-là quelque doute sur la présence du baron au château des Carpathes, même après l'apparition de la Stilla, ce doute se fût changé en certitude, puisque Orfanik était là devant ses yeux.

Qu'avait-il à faire dans cette chapelle en ruine, à cette heure avancée de la nuit?