—Sans doute, à moins que vous ne préfériez demeurer seul au-dehors.

—Seul, forestier!... Ce n'est point ce qui est convenu, et si nous devons nous séparer, j'aime encore mieux que ce soit en cet endroit pour retourner au village!—Ce qui est convenu, docteur Patak, c'est que vous me suivrez jusqu'où j'irai...

—Le jour, oui!... La nuit, non!

—Eh bien, libre à vous de partir, et tâchez de ne point vous égarer sous les futaies.»

S'égarer, c'est bien ce qui inquiétait le docteur. Abandonné à lui-même, n'ayant pas l'habitude de ces interminables détours à travers les forêts du Plesa, il se sentait incapable de reprendre la route de Werst. D'ailleurs, d'être seul, lorsque la nuit serait venue—une nuit très noire peut-être—, de descendre les pentes du col au risque de choir au fond d'un ravin, ce n'était pas pour lui agréer. Quitte à ne point escalader la courtine, quand le soleil serait couché, si le forestier s'y obstinait, mieux valait le suivre jusqu'au pied de l'enceinte. Mais le docteur voulut tenter un dernier effort pour arrêter sort compagnon.

«Tu sais bien, mon cher Nic, reprit-il, que je ne consentirai jamais à me séparer de toi... Puisque tu persistes à te rendre au château, je ne te laisserai pas y aller seul.

—Bien parlé, docteur Patak, et je pense que vous devriez vous en tenir là.

—Non... encore un mot, Nic. S'il fait nuit, lorsque nous arriverons, promets-moi de ne pas chercher à pénétrer dans le burg...

—Ce que je vous promets, docteur, c'est de faire l'impossible pour y pénétrer, c'est de ne pas reculer d'une semelle, tant que je n'aurai pas découvert ce qui s'y passe.

—Ce qui s'y passe, forestier! s'écria le docteur Patak en haussant les épaules. Mais que veux-tu qu'il s'y passe?...