Il convient de faire ici une remarque qui n'est pas sans avoir une certaine importance: si maître Koltz avait consenti à revenir au Roi Mathias, ce n'était pas dans l'unique but de satisfaire un sentiment de curiosité, ni par désir de se mettre en relation avec le comte Franz de Télek. Non! L'intérêt entrait pour une bonne part dans sa détermination.

En effet, en sa qualité de voyageur, le jeune comte était astreint à payer une taxe de passage pour son soldat et pour lui. Or, on ne l'a point oublié, ces taxes allaient directement à la poche du premier magistrat de Werst.

Le biró vint donc faire sa réclamation en termes fort convenables, et Franz de Télek, quoique un peu surpris de la demande, s'empressa d'y faire droit.

Il offrit même à maître Koltz et au magister de s'asseoir un instant à sa table. Ceux-ci acceptèrent, ne pouvant refuser une offre si poliment formulée.

Jonas se hâta de servir des liqueurs variées, les meilleures de sa cave. Quelques gens de Werst demandèrent alors une tournée pour leur compte. Il y avait ainsi lieu de croire que l'ancienne clientèle, un instant dispersée, ne tarderait pas à reprendre le chemin du Roi Mathias.

Après avoir acquitté la taxe des voyageurs, Franz de Télek désira savoir si elle était productive.

«Pas autant que nous le voudrions, monsieur le comte, répondit maître Koltz.

—Est-ce que les étrangers ne visitent que rarement cette partie de la Transylvanie?

—Rarement, en effet, répliqua le biró, et pourtant le pays mérite d'être exploré.

—C'est mon avis, dit le jeune comte. Ce que j'en ai vu m'a paru digne d'attirer l'attention des voyageurs. Du sommet du Retyezat, j'ai beaucoup admiré les vallées de la Sil, les bourgades que l'on découvre dans l'est, et ce cirque de montagnes que ferme en arrière le massif des Carpathes.