La nuit s'écoula tranquillement.

Le lendemain, dès le point du jour, la nouvelle se répandit que deux voyageurs étaient descendus au Roi Mathias, et nombre d'habitants accoururent devant l'auberge.

Très fatigués par leur excursion de la veille, Franz de Télek et Rotzko dormaient encore. Il n'était guère probable qu'ils eussent l'intention de se lever avant sept ou huit heures du matin.

De là, grande impatience des curieux, qui, pourtant, n'auraient pas eu le courage d'entrer dans la salle tant que les voyageurs n'auraient pas quitté leur chambre.

Tous deux parurent enfin sur le coup de huit heures.

Rien de fâcheux ne leur était arrivé. On put les voir allant et venant dans l'auberge. Puis ils s'assirent pour leur déjeuner du matin. Cela ne laissait pas d'être rassurant.

D'ailleurs, Jonas, debout sur le seuil de la porte, souriait d'un air aimable, invitant ses anciens clients à lui rendre leur confiance. Puisque le voyageur qui honorait le Roi Mathias de sa présence était un gentilhomme—un gentilhomme roumain, s'il vous plaît, et de l'une des plus vieilles familles roumaines—que pouvait-on craindre en si noble compagnie?

Bref, il advint que maître Koltz, pensant qu'il était de son devoir de donner l'exemple, se hasarda à faire acte de présence.

Vers neuf heures, le biró entra, quelque peu hésitant. Presque aussitôt, il fut suivi du magister Hermod, de trois ou quatre autres habitués et du pâtour Frik. Quant au docteur Patak, il avait été impossible de le décider à les accompagner.

«Remettre le pied chez Jonas, avait-il répondu, jamais, quand il me paierait dix florins ma visite!»