—Sans hésiter, et le diable en personne ne nous eût pas empêchés d'en franchir l'enceinte.»

En entendant Franz de Télek s'exprimer en termes si positifs, si moqueurs même, tous furent saisis d'une bien autre épouvante. Est-ce que de traiter les esprits du château avec ce sans-gêne, cela n'était pas pour attirer quelque catastrophe sur le village?... Est-ce que ces génies n'entendaient pas tout ce qui se disait à l'auberge du Roi Mathias?... Est-ce que la voix n'allait pas y retentir une seconde fois?

Et, à ce propos, maître Koltz apprit au jeune comte dans quelles conditions le forestier avait été, en nom propre, menacé d'un terrible châtiment, s'il s'avisait de vouloir découvrir les secrets du burg.

Franz de Télek se contenta de hausser les épaules; puis, il se leva, disant que jamais aucune voix n'avait pu être entendue dans cette salle, comme on le prétendait. Tout cela, affirma-t-il, n'existait que dans l'imagination des clients par trop crédules et un peu trop amateurs du schnaps du Roi Mathias.

Là-dessus, quelques-uns se dirigèrent vers la porte, peu soucieux de rester plus longtemps en un logis où ce jeune sceptique osait soutenir de pareilles choses.

Franz de Télek les arrêta d'un geste.

«Décidément, messieurs, dit-il, je vois que le village de Werst est sous l'empire de la peur.

—Et ce n'est pas sans raison, monsieur le comte, répondit maître Koltz.

—Eh bien, le moyen est tout indiqué d'en finir avec les machinations qui, selon vous, se passent au château des Carpathes. Après demain, je serai à Karlsburg, et, si vous le voulez, je préviendrai les autorités de la ville. On vous enverra une escouade de gendarmes ou d'agents de la police, et je vous réponds que ces braves sauront bien pénétrer dans le burg, soit pour chasser les farceurs qui se jouent de votre crédulité, soit pour arrêter les malfaiteurs qui préparent peut-être quelques mauvais coup.»

Rien n'était plus acceptable que cette proposition, et pourtant elle ne fut pas du goût des notables de Werst. A les en croire, ni les gendarmes, ni la police, ni l'armée elle-même, n'auraient raison de ces êtres surhumains, disposant pour se défendre de procédés surnaturels!