Nic Deck avait été instruit de l'arrivée des deux voyageurs à l'auberge du Roi Mathias. Assis au fond d'un vieux fauteuil, large comme une guérite, il se leva pour recevoir son visiteur. Comme il ne se ressentait presque plus de la paralysie qui l'avait momentanément frappé, il était en état de répondre aux questions du comte de Télek.

«Monsieur Deck, dit Franz, après avoir amicalement serré la main du jeune forestier, je vous demanderai tout d'abord si vous croyez à la présence d'êtres surnaturels dans le château des Carpathes?

—je suis bien forcé d'y croire, monsieur le comte, répondit Nic Deck.

—Et ce seraient eux qui vous auraient empêché de franchir la muraille du burg?—je n'en doute pas.

—Et pourquoi, s'il vous plaît?...

—Parce que, s'il n'y avait pas de génies, ce qui m'est arrivé serait inexplicable.

—Auriez-vous la complaisance de ne raconter cette affaire sans rien omettre de ce qui s'est passé?

—Volontiers, monsieur le comte.»

Nic Deck fit par le menu le récit qui lui était demandé. Il ne put que confirmer les faits qui avaient été portés à la connaissance de Franz lors de sa conversation avec les hôtes du Roi Mathias,—faits auxquels le jeune comte, on le sait, donnait une interprétation purement naturelle.

En somme, les événements de cette nuit aux aventures, tout cela s'expliquait facilement si les êtres humains, malfaiteurs ou autres, qui occupaient le burg, possédaient la machinerie capable de produire ces effets fantasmagoriques. Quant à cette singulière prétention du docteur Patak de s'être senti enchaîné au sol par quelque force invisible, on pouvait soutenir que ledit docteur avait été le jouet d'une illusion. Ce qui paraissait vraisemblable, c'est que les jambes lui avaient manqué tout simplement parce qu'il était fou d'épouvante, et c'est ce que Franz déclara au jeune forestier.