Le bourgmestre, le conseiller, tous les notables qui assistaient à cette mémorable séance auraient inutilement voulu résister à l'élan populaire. D'ailleurs, ils n'en avaient aucune envie, et sinon plus, du moins aussi haut que les autres, ils criaient:

«À la frontière! À la frontière!»

Or, comme la frontière n'était qu'à trois kilomètres des murs de Quiquendone, il est certain que les Virgamenois couraient un véritable danger, car ils pouvaient être envahis avant d'avoir eu le temps de se reconnaître.

Cependant l'honorable pharmacien Josse Liefrinck, qui avait seul conservé son bon sens dans cette grave circonstance, voulut faire comprendre que l'on manquait de fusils, de canons et de généraux.

Il lui fut répondu, non sans quelques horions, que ces généraux, ces canons, ces fusils, on les improviserait; que le bon droit et l'amour du pays suffisaient et rendaient un peuple irrésistible.

Là-dessus, le bourgmestre prit lui-même la parole, et, dans une improvisation sublime, il fit justice de ces gens pusillanimes, qui déguisent la peur sous le voile de la prudence, et ce voile, il le déchira d'une main patriote.

On aurait pu croire à ce moment que la salle allait crouler sous les applaudissements.

On demanda le vote.

Le vote se fit par acclamations, et les cris redoublèrent:

«À Virgamen! À Virgamen!»