«Ce ne peut être que notre ours!» dit Mrs. Paulina Barnett à Jasper Hobson, et tous les deux, suivis du sergent, de Sabine et de quelques soldats armés de fusil, ils gagnèrent la poterne.
L'ours était à deux cents pas et marchait tranquillement, sans hésitation, comme s'il eût eu un plan bien arrêté.
«Je le reconnais, s'écria Mrs. Paulina Barnett. C'est ton ours,
Kalumah, c'est ton sauveur!
— Oh! ne tuez pas mon ours! s'écria la jeune indigène.
— On ne le tuera pas, répondit le lieutenant Hobson. Mes amis, ne lui faites aucun mal, et il est probable qu'il s'en ira comme il est venu.
— Mais s'il veut pénétrer dans l'enceinte… dit le sergent Long, qui croyait peu aux bons sentiments des ours polaires.
— Laissez-le entrer, sergent, répondit Mrs. Paulina Barnett. Cet animal-là a perdu toute férocité. Il est prisonnier comme nous, et, vous le savez, les prisonniers…
— Ne se mangent pas entre eux! dit Jasper Hobson, cela est vrai, madame, à la condition, toutefois, qu'ils soient de la même espèce. Mais enfin, on épargnera celui-ci, à votre recommandation. Nous ne nous défendrons que s'il nous attaque. Cependant, je crois prudent de rentrer dans la maison. Il ne faut pas donner de tentations trop fortes à ce carnassier!»
Le conseil était bon. Chacun rentra. On ferma les portes, mais les contrevents des fenêtres ne furent point rabattus.
On put donc, à travers les vitres, suivre les manoeuvres du visiteur. L'ours, arrivé à la poterne, qui avait été laissée ouverte, repoussa doucement la porte, passa sa tête, examina l'intérieur de la cour, et entra. Arrivé au milieu de l'enceinte, il examina les constructions qui l'entouraient, se dirigea vers l'étable et le chenil, écouta un instant les grognements des chiens qui l'avaient senti, le bramement des rennes qui n'étaient point rassurés, continua son inspection en suivant le périmètre de la palissade, arriva près de la maison principale, et vint enfin appuyer sa grosse tête contre une des fenêtres de la grande salle.