Pour être franc, tout le monde recula, quelques soldats saisirent leurs fusils, et Jasper Hobson commença à craindre d'avoir laissé la plaisanterie aller trop loin.
Mais Kalumah vint placer sa douce figure sur la vitre fragile. L'ours parut la reconnaître — ce fut, du moins, l'avis de l'Esquimaude —, et, satisfait sans doute, après avoir poussé un bon grognement, il se recula, reprit le chemin de la poterne, puis, ainsi que l'avait dit Jasper Hobson, il s'en alla comme il était venu.
Tel fut l'incident dans toute sa simplicité, incident qui ne se renouvela pas, et les choses reprirent leur cours ordinaire.
Cependant, la guérison du petit enfant marchait bien, et, dans les derniers jours du mois, il avait déjà repris ses bonnes joues et son regard éveillé.
Le 3 février, vers midi, une teinte pâle nuança pendant une heure l'horizon du sud. Un disque jaunâtre se montra un instant. C'était l'astre radieux qui reparaissait pour la première fois, après la longue nuit polaire.
XV.
Une dernière exploration.
À dater de cette époque, le soleil s'éleva chaque jour et de plus en plus au-dessus de l'horizon. Mais si la nuit s'interrompait pendant quelques heures, le froid s'accrut, ainsi qu'il arrive fréquemment au mois de février, et le thermomètre marqua un degré Fahrenheit (17° centigr. au-dessous de zéro). C'était la plus basse température qu'il devait indiquer pendant ce singulier hiver.
«À quelle époque se fait la débâcle dans ces mers? demanda un jour la voyageuse à Jasper Hobson.
— Dans les années moyennes, madame, répondit le lieutenant, la rupture des glaces ne s'opère pas avant les premiers jours de mai, mais l'hiver a été si doux que, si de nouveaux froids très intenses ne se produisent pas, la débâcle pourrait bien se faire au commencement d'avril, du moins je le suppose.