Hope répondit qu'il avait puisé cette eau au lagon. De là une sorte de discussion, au milieu de laquelle intervint le lieutenant. En entendant les affirmations du soldat Hope, il pâlit, puis il se dirigea rapidement vers le lagon…

Les eaux en étaient absolument salées! Il était évident que le fond du lagon s'était crevé, et que la mer y avait fait irruption.

Ce fait aussitôt connu, une même crainte bouleversa les esprits tout d'abord.

«Plus d'eau douce!» s'écrièrent ces pauvres gens.

Et en effet, après la rivière Paulina, le lac Barnett venait de disparaître à son tour!

Mais le lieutenant Hobson se hâta de rassurer ses compagnons à l'endroit de l'eau potable.

«Nous ne manquons pas de glace, mes amis, dit-il. Ne craignez rien. Il suffira de faire fondre quelques morceaux de notre île, et j'aime à croire que nous ne la boirons pas tout entière», ajouta-t-il en essayant de sourire.

En effet, l'eau salée, qu'elle se vaporise ou qu'elle se solidifie, abandonne complètement le sel qu'elle contient en dissolution. On déterra donc, si on peut employer cette expression, quelques blocs de glace, et on les fit fondre, non seulement pour les besoins journaliers, mais aussi pour remplir les pièces à eau disposées sur le radeau.

Cependant, il ne fallait pas négliger ce nouvel avertissement que la nature venait de donner. L'île se dissolvait évidemment à sa base, et cet envahissement de la mer par le fond du lagon le prouvait surabondamment. Le sol pouvait donc à chaque instant s'effondrer, et Jasper Hobson ne permit plus à ses hommes de s'éloigner, car ils auraient risqués d'être entraînés au large.

Il semblait aussi que les animaux eussent le pressentiment d'un danger très prochain. Ils se massaient autour de l'ancienne factorerie. Depuis la disparition de l'eau douce, on les voyait venir lécher les blocs de glace retirés du sol. Ils semblaient inquiets, quelques-uns paraissaient pris de folie, les loups surtout, qui arrivaient en bandes échevelées, puis disparaissaient en poussant de rauques aboiements. Les animaux à fourrures restaient parqués autour du puits circulaire qui remplaçait la maison engloutie. On en comptait plusieurs centaines de différentes espèces. L'ours rôdait aux environs, aussi inoffensif aux animaux qu'aux hommes. Il était évidemment très inquiet, par instinct, et il eût volontiers demandé protection contre ce danger qu'il pressentait et ne pouvait détourner.