Le lieutenant Hobson désigna pour l'accompagner le sergent Long et les soldats Petersen, Hope et Kellet.

On partit à huit heures du matin. Deux traîneaux, attelés chacun de six chiens, suivaient la petite troupe, afin de rapporter au fort le corps des amphibies.

Ces traîneaux étant vides, le lieutenant, Mrs. Paulina Barnett et leurs compagnons y prirent place. Le temps était beau, mais les basses brumes de l'horizon tamisaient les rayons du soleil, dont le disque jaunâtre, à cette époque de l'année, disparaissait déjà pendant quelques heures de la nuit.

Cette partie du littoral, dans l'ouest du cap Bathurst, présentait une surface absolument plane, qui s'élevait à peine de quelques mètres au-dessus du niveau de l'océan Polaire. Or cette disposition du sol attira l'attention du lieutenant Hobson, et voici pourquoi.

Les marées sont assez fortes dans les mers arctiques, ou, du moins, elles passent pour telles. Bien des navigateurs qui les ont observées, Parry, Franklin, les deux Ross, Mac Clure, Mac Clintock, ont vu la mer, à l'époque des syzygies, monter de vingt à vingt-cinq pieds au-dessus du niveau moyen. Si cette observation était juste, — et il n'existait aucune raison de mettre en doute la véracité des observateurs, — le lieutenant Hobson devait forcément se demander comment il se faisait que l'Océan, gonflé sous l'action de la lune, n'envahît pas ce littoral peu élevé au- dessus du niveau de la mer, puisque aucun obstacle, ni dune, ni extumescence quelconque du sol, ne s'opposait à la propagation des eaux; comment il se faisait que ce phénomène des marées n'entraînât pas la submersion complète du territoire jusqu'aux limites les plus reculées de l'horizon, et ne provoquât pas la confusion des eaux du lac et de l'océan Glacial? Or il était évident que cette submersion ne se produisait pas, et ne s'était jamais produite.

Jasper Hobson ne put donc s'empêcher de faire cette remarque, ce qui amena sa compagne à lui répondre que, sans doute, quoi qu'on en eût dit, les marées étaient insensibles dans l'océan Glacial arctique.

«Mais au contraire, madame, répondit Jasper Hobson, tous les rapports des navigateurs s'accordent sur ce point, que le flux et le reflux sont très prononcés dans les mers polaires, et il n'est pas admissible que leur observation soit fausse.

— Alors, monsieur Hobson, reprit Mrs. Paulina Barnett, veuillez m'expliquer pourquoi les flots de l'Océan ne couvrent point ce pays, qui ne s'élève pas à dix pieds au-dessus du niveau de la basse mer?

— Eh, madame! répondit Jasper Hobson, voilà précisément mon embarras, je ne sais comment expliquer ce fait. Depuis un mois que nous sommes sur ce littoral, j'ai constaté et à plusieurs reprises que le niveau de la mer s'élevait d'un pied à peine en temps ordinaire, et j'affirmerais presque que dans quinze jours, au 22 septembre, en plein équinoxe, c'est-à-dire au moment même où le phénomène atteindra son maximum, le déplacement des eaux ne dépassera pas un pied et demi sur les rivages du cap Bathurst. Du reste, nous le verrons bien.

— Mais enfin, l'explication, monsieur Hobson, l'explication de ce fait, car tout s'explique en ce monde?