Il s'élança donc, franchissant une roche; mais Jasper Hobson le guettait, et au moment où l'animal passait comme une ombre, il le salua d'une balle.

Au même instant, un autre coup de feu éclatait, et le renard, mortellement frappé, tombait à terre.

«Hurrah! hurrah! s'écria Jasper Hobson. Il est à moi!

— Et à moi!» répondit un étranger, qui posa le pied sur le renard à l'instant où le lieutenant y portait la main.

Jasper Hobson, stupéfait, recula. Il avait cru que la seconde balle était partie du fusil du sergent, et il se trouvait en présence d'un chasseur inconnu, dont le fusil fumait encore.

Les deux rivaux se regardèrent. Mrs. Paulina Barnett et son compagnon arrivaient alors et étaient bientôt rejoints par Marbre et Sabine, tandis qu'une douzaine d'hommes, tournant la falaise, s'approchaient de l'étranger, qui s'inclina poliment devant la voyageuse. C'était un homme de haute taille, offrant le type parfait de ces «voyageurs canadiens» dont Jasper Hobson redoutait si particulièrement la concurrence. Ce chasseur portait encore ce costume traditionnel dont le romancier américain Washington Irving a fait exactement la description: couverture disposée en forme de capote, chemise de coton à raies, larges culottes de drap, guêtres de cuir, mocassins de peau de daim, ceinture de laine bigarrée supportant le couteau, le sac à tabac, la pipe et quelques ustensiles de campement, en un mot, un habillement moitié civilisé, moitié sauvage. Quatre de ses compagnons étaient vêtus comme lui, mais moins élégamment. Les huit autres qui lui servaient d'escorte étaient des Indiens Chippeways.

Jasper Hobson ne s'y méprit point. Il avait devant lui un Français, ou tout au moins un descendant des Français du Canada, et peut-être un agent des compagnies américaines chargé de surveiller l'établissement de la nouvelle factorerie.

«Ce renard m'appartient, monsieur, dit le lieutenant Hobson, après quelques moments de silence, pendant lequel son adversaire et lui s'étaient regardés dans le blanc des yeux.

— Il vous appartient si vous l'avez tué, répondit l'inconnu en bon anglais, mais avec un léger accent étranger.

— Vous vous trompez, monsieur, répondit assez vivement Jasper Hobson, cet animal m'appartient, même au cas où votre balle l'aurait tué et non la mienne!»