Ce dernier détail, de nature à infirmer les soupçons qu'il avait conçus touchant Ilia Brusch, ne laissa pas de troubler Karl Dragoch. Qu'Ilia Brusch fût blond, lui aussi, il n'en doutait pas, mais ce blond était déguisé en brun, et on ne retire pas une teinture le soir pour la remettre le lendemain, comme on ferait d'une perruque. Il y avait là une sérieuse difficulté que Dragoch se réserva d'élucider à loisir.

Le gardien Christian ne put, d'ailleurs, lui fournir de plus amples détails. Il n'avait rien remarqué concernant ses autres agresseurs, ceux-ci ayant pris, comme leur chef, la précaution de se masquer.

Muni de ces renseignements, le détective posa ensuite quelques questions touchant la villa même du comte Hagueneau. C'était, ainsi qu'il l'apprit, une très riche habitation meublée avec un luxe princier. Les bijoux, l'argenterie et les objets précieux abondaient dans les tiroirs, les objets d'art sur les cheminées et les meubles, les tapisseries anciennes et les tableaux de maître sur les murs. Des titres avaient même été laissés en dépôt dans un coffre-fort, au premier étage. Nul doute par conséquent que les envahisseurs n'aient eu l'occasion de faire un merveilleux butin.

C'est ce que Karl Dragoch put, en effet, constater aisément en parcourant les diverses pièces de l'habitation. C'était un pillage en règle, accompli avec une parfaite méthode. Les voleurs, en gens de goût, ne s'étaient pas encombrés des non-valeurs. La plupart des objets de prix avaient disparu; à la place des tapisseries arrachées, de grands carrés de muraille apparaissaient à nu, et, veufs des plus belles toiles découpées avec art, des cadres vides pendaient lamentablement. Les pillards s'étaient approprié jusqu'à des tentures choisies évidemment parmi les plus somptueuses et jusqu'à des tapis sélectionnés parmi les plus beaux. Quant au coffre-fort, il avait été forcé, et son contenu avait disparu.

«On n'a pas emporté tout cela à dos d'hommes, se dit Karl Dragoch en constatant cette dévastation. Il y avait là de quoi charger une voiture. Reste à dénicher la voiture.»

Cet interrogatoire et ces premières recherches avaient nécessité un temps fort long. La nuit était prochaine. Il importait, avant qu'elle fût complète, de retrouver trace, si faire se pouvait, du véhicule dont les voleurs, d'après le policier, avaient dû nécessairement faire usage. Celui-ci se hâta donc de sortir.

Il n'eut pas loin à aller pour découvrir la preuve qu il recherchait. Sur le sol de la vaste cour ménagée devant la villa, de larges roues avaient laissé de profondes empreintes juste en face de la porte brisée, et, à quelque distance, la terre était piétinée, comme elle aurait pu l'être par des chevaux qui eussent longtemps attendu.

Ces constatations faites d'un coup d'oeil, Karl Dragoch s'approcha de l'endroit où des chevaux paraissaient avoir stationné et examina le sol avec attention. Puis, traversant la cour, il procéda, aux abords immédiats de la grille donnant sur la route, à un nouvel et minutieux examen, à l'issue duquel il suivit le chemin public pendant une centaine de mètres, pour revenir ensuite sur ses pas.

«Ulhmann! appela-t-il en rentrant dans la cour.

—Monsieur? répondit l'agent, qui sortit de la maison et s'approcha de son chef.