Ballotté, tiraillé en tous sens, Serge Ladko, d'ailleurs, n'eut pas le loisir de la réflexion. Après l'avoir monté, on le descendit le long d'une échelle qui lui laboura cruellement les reins. Aux heurts dont il était meurtri, il comprit qu'on le faisait passer par une ouverture étroite, et enfin, bandeau et bâillon arrachés, il fût jeté bas comme un paquet, tandis que le bruit sourd d'une trappe qui se ferme résonnait au-dessus de lui.
Il fallut un long moment, à Serge Ladko, tout étourdi de la secousse, pour reprendre conscience de lui-même. Quand il y fut parvenu, sa situation ne lui parut pas améliorée, bien qu'il eût retrouvé l'usage de la parole et de la vue. Si l'on avait jugé un bâillon inutile, c'est évidemment que personne ne pouvait entendre ses cris, et la suppression de son bandeau ne lui était pas d'un plus grand secours. C'est en vain qu'il ouvrait les yeux. Autour de lui tout était ombre. Et quelle ombre! Le prisonnier, qui, d'après la succession des sensations ressenties, supposait avoir été déposé dans la cale d'un bateau, s'épuisait en inutiles efforts pour découvrir la plus faible raie de lumière filtrant à travers le joint d'un panneau. Il ne distinguait rien. Ce n'était pas l'obscurité d'une cave, dans laquelle l'oeil parvient encore à discerner quelque vague lueur: c'était le noir total, absolu, comparable seulement à celui qui doit régner dans la tombe.
Combien d'heures s'écoulèrent ainsi? Serge Ladko estimait qu'on était parvenu au milieu de la nuit, quand un vacarme, assourdi par la distance, parvint jusqu'à lui. On courait, on piétinait. Puis le bruit se rapprocha. De lourds colis étaient traînés directement au-dessus de sa tête, et c'est à peine, il l'eût juré, si l'épaisseur d'une planche le séparait des travailleurs inconnus.
Le bruit se rapprocha encore. On parlait maintenant à côté de lui, sans doute derrière l'une des cloisons délimitant sa prison, mais, de ce qu'on disait, il était impossible de deviner le sens.
Bientôt, d'ailleurs, le bruit s'apaisa, et de nouveau ce fut le silence autour du malheureux pilote qu'environnait une ombre impénétrable.
Serge Ladko s'endormit
XI
AU POUVOIR D'UN ENNEMI.
Après que Karl Dragoch et ses hommes eurent battu en retraite, les vainqueurs étaient d'abord restés sur le lieu du combat, prêts à s'opposer à un retour offensif, tandis que la charrette s'éloignait dans la direction du Danube. Ce fut seulement quand le temps écoulé eut rendu certain le départ définitif des forces de police que, sur un ordre de son chef, la bande des malfaiteurs se mit en marche à son tour.