—Non, Monsieur, balbutia Serge Ladko qui se sentait devenir fou.
—Voilà donc un premier point élucidé,» conclut avec satisfaction M. Rona, qui regardait son prisonnier comme le chat doit regarder une souris.
XIV
ENTRE CIEL ET TERRE
Son deuxième interrogatoire terminé, Serge Ladko regagna sa cellule sans se rendre compte de ce qu'il faisait. A peine s'il avait entendu les questions du juge après que l'incident de la commission rogatoire eut été vidé de la façon que l'on sait, et il n'avait plus répondu que d'un air hébété. Ce qui lui arrivait dépassait les limites de son intelligence. Que lui voulait-on à la fin? Enlevé, puis incarcéré à bord d'un chaland par de mystérieux ennemis, il ne recouvrait sa liberté que pour la perdre aussitôt; et voici maintenant qu'on trouvait, à Szalka, un autre Ilia Brusch, c'est-à-dire un autre lui-même, dans sa propre maison!.. Cela tenait de la fantasmagorie!
Stupéfait, affolé par cette succession d'événements inexplicables, il avait la sensation d'être le jouet de puissances supérieures et hostiles, d'être invinciblement entraîné, proie inerte et sans défense, dans les engrenages de cette machine formidable qui s'appelle: la Justice.
Cette dépression, cet anéantissement de toute énergie, son visage l'exprimait avec tant d'éloquence, qu'un des gardiens qui lui faisaient escorte en fut ému, bien qu'il considérât son prisonnier comme le plus abominable criminel.
«Ça ne va donc pas comme vous voulez, camarade? demanda, en mettant dans sa voix quelque désir de réconfort, ce fonctionnaire blasé cependant par profession sur le spectacle des misères humaines.
Il aurait parlé à un sourd, que le résultat eût été le même.