Afin de mieux jouir de ce spectacle, dont les acteurs étaient une troupe de jeunes gens, de jeunes filles, de garçons et de fillettes, tous en joie, Ilia Brusch avait pris place dans un café. L'inconnu ne manqua pas de venir s'asseoir à une table voisine de la sienne, et tous deux se firent servir un pot de la bière fameuse du pays.

Dix minutes après, ils se remettaient en route, mais dans un ordre inverse à celui du départ. L'inconnu, maintenant, marchait le premier au pas accéléré, et quand Ilia Brusch, qui le suivait à son tour sans s'en douter, atteignit sa barge, il l'y trouva installé et paraissant attendre depuis longtemps. Il faisait encore grand jour. Ilia Brusch aperçut de loin cet intrus, confortablement assis sur le coffre d'arrière, une valise de cuir jaune à ses pieds. Très surpris, il hâta le pas.

«Pardon, Monsieur, dit-il, en sautant dans son embarcation, vous faites erreur, je pense?

—Nullement, répondit l'inconnu. C'est bien à vous que je désire parler.

—A moi?

—A vous, monsieur Ilia Brusch.

—Dans quel but?

—Pour vous proposer une affaire.

—Une affaire! répéta le pêcheur très surpris.

—Et même une excellente affaire, affirma l'inconnu, qui invita du geste son interlocuteur à s'asseoir.