—Parlez-vous sérieusement, monsieur Brusch? s'écria-t-il. Vous seriez le seul, alors, à ignorer ce que tout le monde sait de la Bavière à la Roumanie.

—Quoi donc? demanda Ilia Brusch.

—Parbleu! qu'une bande d'insaisissables malfaiteurs met en coupe réglée les deux rives du Danube, de Presbourg à son embouchure.

—C'est la première fois que j'entends parler de ça, déclara Ilia Brusch avec l'accent de la sincérité.

—Pas possible!.. s'étonna M. Jaeger. Mais on ne s'occupe pas d'autre chose d'un bout à l'autre du fleuve.

—On apprend du nouveau tous les jours, fit observer placidement Ilia Brusch. Et il y a longtemps que ces vols auraient commencé?

—Dix-huit mois environ, répondit M. Jaeger. Si encore il ne s'agissait que de vols!..

Mais les malfaiteurs en question ne se contentent pas de voler. Ils assassinent au besoin. Pendant ces dix-huit mois, on leur attribue au moins dix meurtres dont les auteurs sont demeurés inconnus. Le dernier de ces meurtres, précisément, a été accompli à moins de cinquante kilomètres d'ici.

—Je comprends maintenant vos inquiétudes, dit Ilia Brusch. Peut-être même les aurais-je partagées, si j'avais été mieux renseigné. A l'avenir, nous nous arrêterons, le soir, autant que possible à proximité d'un village ou d'une ville, à commencer par notre halte d'aujourd'hui, que nous ferons à Gran.

—Oh! approuva M. Jaeger, là nous serons tranquilles. Gran est une ville importante.