—Je suis d'autant plus satisfait, continua Ilia Brusch, que vous vous y trouviez en sûreté, que je compte vous laisser seul la nuit prochaine.

—Vous avez l'intention de vous absenter?

—Oui, monsieur Jaeger, mais quelques heures seulement. De Gran, où j'espère bien arriver de bonne heure, je voudrais pousser une pointe jusqu'à Szalka, qui n'en est pas fort éloigné. C'est là que j'habite, comme vous le savez. Je serai, d'ailleurs, de retour avant l'aube, et notre départ, demain matin, n'en sera nullement retardé.

—A votre aise, monsieur Brusch, conclut M. Jaeger. Je conçois que vous ayez le désir de faire un tour chez vous, et à Gran, je le répète, il n'y a rien à redouter.

Pendant une demi-heure, la conversation fut interrompue. Après cet entr'acte, Karl Dragoch reprit sur nouveaux frais.

—C'est vraiment curieux, dit-il, que vous n'ayez jamais entendu parler de ces malfaiteurs du Danube. C'est d'autant plus curieux, qu'on s'est particulièrement occupé de cette affaire quelques jours après le concours de pêche de Sigmaringen.

—A quel propos? demanda Ilia Brusch.

—A propos de la constitution d'une brigade de police spéciale sous les ordres d'un chef que l'on dit fort habile, un nommé Karl Dragoch, détective de Budapest.

—Il aura fort à faire, observa Ilia Brusch, que ce nom ne parut pas autrement frapper. C'est long, le Danube, et il est peu commode de surveiller des gens sur lesquels on ne sait rien.

—C'est ce qui vous trompe, répliqua M. Jaeger. La police ne serait pas sans renseignements. De l'ensemble des témoignages recueillis résulterait, d'abord, un signalement presque certain du chef de la bande.