On suivit le conseil du foreloper, et chacun se coucha sur le radeau que le courant entraînait avec une certaine rapidité. Dans cette position, peut-être y avait-il chance de ne point être aperçus par l'hippopotame.
Et ce fut un grand souffle, une sorte de grognement de porc, que tous quatre entendirent quelques instants après, quand les secousses indiquèrent qu'ils franchissaient les eaux troublées par l'énorme animal.
Il y eut quelques secondes de vive anxiété. Le radeau allait-il être soulevé par la tête du monstre ou immergé sous sa lourde masse?…
Khamis, John Cort et Max Huber ne furent rassurés qu'au moment où l'agitation des eaux eut cessé, en même temps que diminuait l'intensité du souffle dont ils avaient senti les chaudes émanations au passage. Ils se relevèrent alors et ne virent plus l'amphibie qui s'était replongé dans les basses couches du rio.
Certes, des chasseurs habitués à lutter contre l'éléphant, qui venaient de faire campagne avec la caravane d'Urdax, n'auraient pas dû s'effrayer de la rencontre d'un hippopotame. Plusieurs fois ils avaient attaqué ces animaux au milieu des marais du haut Oubanghi, mais dans des conditions plus favorables. À bord de ce fragile assemblage de planches dont la perte eût été si regrettable, on admettra leurs appréhensions, et ce fut heureux qu'ils eussent évité les attaques de la formidable bête.
Le soir, Khamis s'arrêta à l'embouchure d'un ruisseau de la rive gauche. On n'eût pu mieux choisir pour la nuit, au pied d'un bouquet de bananiers, dont les larges feuilles formaient abri. À cette place, la grève était couverte de mollusques comestibles, qui furent recueillis et mangés crus ou cuits, suivant l'espèce. Quant aux bananes, leur goût sauvage laissait à désirer. Heureusement, l'eau du ruisselet, mélangée du suc de ces fruits, fournit une boisson assez rafraîchissante.
«Tout cela serait parfait, dit Max Huber, si nous étions certains de dormir tranquillement… Par malheur, il y a ces maudits insectes qui se garderont bien de nous épargner… Faute de moustiquaire, nous nous réveillerons pointillés de piqûres!»
Et, en vérité, c'est ce qui serait arrivé si Llanga n'avait trouvé le moyen de chasser ces myriades de moustiques réunis en nuées bourdonnantes.
Il s'était éloigné en remontant le long du ruisseau, lorsque sa voix se fit entendre à courte distance.
Khamis le rejoignit aussitôt et Llanga lui montra sur la grève des tas de bouses sèches, laissées par les ruminants, antilopes, cerfs, buffles et autres, qui venaient d'habitude se désaltérer à cette place.