Et Max Huber, très surpris, de s'écrier:
«Est-ce que, par hasard, il y aurait des baleines dans les fleuves de l'Afrique centrale?…
— Non… des hippopotames», répliqua le foreloper.
Un souffle bruyant se fit entendre à l'instant où émergeait une tête énorme avec des mâchoires armées de fortes défenses, et, pour employer des comparaisons singulières, mais justes, «un intérieur de bouche semblable à une masse de viande de boucherie, et des yeux comparables à la lucarne d'une chaumière hollandaise!» Ainsi se sont exprimés dans leurs récits quelques voyageurs particulièrement imaginatifs.
De ces hippopotames, on en rencontre depuis le cap de Bonne- Espérance jusqu'au vingt-troisième degré de latitude nord. Ils fréquentent la plupart des rivières de ces vastes régions, les marais et les lacs. Toutefois, suivant une remarque qui a été faite, si le rio Johausen eût été tributaire de la Méditerranée, - - ce qui ne se pouvait, — il n'y aurait pas eu à se préoccuper des attaques de ces amphibies, car ils ne s'y montrent jamais, sauf dans le haut Nil.
L'hippopotame est un animal redoutable, bien que doux de caractère. Pour une raison ou pour une autre, lorsqu'il est surexcité, sous l'empire de la douleur, à l'instant où il vient d'être harponné, il s'exaspère, il se précipite avec fureur contre les chasseurs, il les poursuit le long des berges, il fonce sur les canots, qu'il est de taille à chavirer, et de force à crever, avec ses mâchoires assez puissantes pour couper un bras ou une jambe.
Certes, aucun passager du radeau — pas même Max Huber, si enragé qu'il fût de prouesses cynégétiques — ne devait avoir la pensée de s'attaquer à un tel amphibie. Mais l'amphibie voudrait peut- être les assaillir, et s'il atteignait le radeau, s'il le heurtait, s'il l'accablait de son poids qui va parfois à deux mille kilogrammes, s'il l'encornait de ses terribles défenses, que deviendraient Khamis et ses compagnons…
Le courant était rapide alors, et peut-être valait-il mieux se contenter de le suivre, au lieu de se rapprocher de l'une des rives: l'hippopotame s'y fût dirigé après lui. À terre, il est vrai, ses coups auraient été plus facilement évités, puisqu'il est impropre à se mouvoir rapidement avec ses jambes courtes et basses, son ventre énorme qui traîne sur le sol. Il tient plus du cochon que du sanglier. Mais, à la surface du rio, le radeau serait à sa merci. Il le mettrait en pièces, et, à supposer que les passagers eussent, en nageant, gagné les berges, quelle fâcheuse éventualité que celle d'être obligés à construire un second appareil flottant!
«Tâchons de passer sans être vus, conseilla Khamis. Étendons-nous, ne faisons aucun bruit, et soyons prêts à nous jeter à l'eau si c'est nécessaire…
— Je me charge de toi, Llanga», dit Max Huber.